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Chroniques :: Chronique de VII - Född Förlorare

Chronique de VII - Född Förlorare

Shining  - VII - Född Förlorare (Album)

Magie sinistre



Shining, c’est le projet de Niklas Kvarforth, projet enfanté dans l’ombre par ce gamin qui n’avait que 12 ans. Malgré son jeune âge, Shining a toujours eu ce petit quelque chose de subversif et désespéré qui a su capter l’attention d’un public attentionné et passionné par le Mal, par le suicide et la dépression. Cette image du Suicidal Black Metal colle à la peau de Shining depuis ses débuts. Une infinité de groupes a tenté de copier Shining, sans pour autant réussir à l’égaler. Allant même jusqu’à ridiculiser au possible ce genre musical avec des clichés aussi risibles que crédibles. Pourtant, Shining a su aller de l’avant, a eu ses détracteurs et ses adorateurs. Contre vents et marées, Shining a fini par splitter en 2004, pour se reformer très rapidement en changeant légèrement son orientation musicale. IV – The Eerie Cold, qui résulte de ce changement, s’est mis à proposer des plans plus progressifs, voire même avant-gardistes, tout en conservant une aura des plus maléfiques. Moment crucial de la discographie de Niklas, qui divisa les fans. Pourtant, il semblerait que c’est ainsi que la musique de Shining aurait toujours être : sale, mélancolique, tourmentée, malsaine.

Depuis ce changement, Niklas Kvarforth n’a fait de peaufiner son art noir. Sombrant dans la folie et la tristesse sans nom avec V – Halmstad, puis allant même jusqu’à incorporer des passages typiquement jazzy et post-Black sur VI – Klagopsalmer, autant dire que le nouvel album était attendu (au tournant). Annoncé pour 2009, pour Avril 2010, VII - Född Förlorare ne voit le jour qu’en mai 2011. Simple technique marketing pour faire le buzz, ou réel retard ? Là n’est pas la question. Le disque est là, entre nos mains !
Il commence avec une intro sinistre, un innocent chant d’une jeune enfant qui laisse rapidement place à un son que l’on connait bien. Du Shining typique, avec ses riffs écrasants, ses mélodies sinistres qui se noient dans un tourbillon chaotique de malaise ambiant. Jusque-là, rien de vraiment impressionnant, mais il faudra attendre les interludes acoustiques pour saisir le réel impact de ce nouvel album. Accompagné d’un chant clair succulent et mielleux, Kvarforth nous emmène sur des terres jusqu’alors inconnues, même si on reconnait-là la touche mélodiques exploitée depuis V – Halmstad. Etrangement, les aspects typiquement Black Metal disparaissent peu à peu pour laisser place à une musique d’un genre nouveau. Shining renforce les aspects post-Black de sa musique, et il exploite au maximum le potentiel de ses instruments pour en faire jaillir le nectar si précieux. On a affaire à une musique de plus en plus personnelle et originale qui se distingue clairement de ce qui a tendance à se faire en ce moment dans les milieux Black Metal. Pourtant, on reconnait la touche propre aux suédois, que ça soit dans les ambiances, ou dans le style d’exécution, il y aura toujours ce petit quelque chose pour nous rappeler qu’on est bien dans l’univers étrange de Shining !

Si ce nouvel opus semble moins surprenant que ses prédécesseurs, c’est en partie dû au fait que le père Niklas a pris le temps de soigner sa musique d’albums en albums, et à chaque fois, il apporte une pierre à l’édifice. Si on se concentre sur le premier album et sur ce dernier, on se rendra compte d’un réel pas de géant. Pourtant, il ne faut pas oublier les divers albums, splits et compilations sortis entre temps, et qui ont permis petit à petit d’arriver à un travail de grande maturité comme celui-ci. Alors certes, par rapport à VI – Klagopsalmer, le changement n’est pas radical. Mais Shining se paye le luxe d’avoir la collaboration de Mike Amott de Carcass/Arch Enemy, mais aussi de la pop star suédoise Håkan Hemlin pour un rendu des plus percutants. L’ensemble de l’album en ressort enrichi, varié et vraiment intéressant puisque chaque piste à sa personnalité propre et qui impose un certain respect. Et dehors de tout ça, il ne faudra pas oublier de saluer le travail vocal de Kvarforth, qui, une fois de plus excelle dans ce domaine, et propose une performance encore plus aboutie que sur les divers projets (Shining inclus) auxquels il a pu participer ! Le chant faire figure d’instrument à part entière et il évolue en parfaite harmonie avec les autres. On a donc là une musique vraiment impressionnante et dans laquelle une multitude de sentiments transpirent. De la haine à la mélancolie en passant par l’ataraxie, Shining nous peint une toile sinistre avec des couleurs sombres, mélangées à quelques morbides ambiances hallucinatoires de maitrise.


Une fois de plus, Shining nous dote d’un album ahurissant qui relève des défis en se jouant des codes préétablis et de ses détracteurs. VII - Född Förlorare est tout de même un album relativement court (une quarantaine de minutes) comparé au temps d’attente. Mais le résultat est là : psychédélique, varié, envoûtant, mélancolique, déstabilisant, lugubre.

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par Pit, le 29 mai 2011
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Born to be sick



Lorsque Shining appartiendra au passé et que l'on aura une vue d'ensemble de sa discographie, on pourra délimiter deux albums-étapes, soit deux œuvres qui ont apporté une nouvelle pierre à leur musique. III – Angst avait amené les suédois à se détacher de leurs influences trop prononcées sur I et II, avant de trouver leur voie et à présent nous tenons la deuxième transformation avec VII – Född Förlorare. Un album attendu depuis deux ans, qui a rencontré nombre de problèmes, la faute à leur ancienne maison de disques. Mais qu'importe, l'album tant défendu par Kvaforth et sa bande est là, et il bouleverse bien des choses.

Un bouleversement qui ne se fait pas sentir sur « Förtvivlan, Min Arvede », première piste de facture classique pour du Shining avec son riff d'entrée lancinant, à la continuité atmosphérique lugubre efficace et au traditionnel break acoustique. La petite fille chantonnant au début n'est-elle aussi que le pur produit d'un Black Metal Dépressif usé jusqu'à la corde. Non, même si cette entrée en matière reste bonne, la surprise ne se situe pas là ; elle est plutôt à chercher du côté du reste de l'album, comme si la suite avait été composée bien plus tard – très possible. Ainsi, la piste la plus étonnante de l'album, « Tillsammans Är Vi Allt », consterne et colle une gifle stylistique assez difficile à encaisser. Sa magnifique entrée au piano – quelle mélodie mes ami(e)s ! - ne laissait en effet guère présager une alternance couplet/refrain reposant entièrement sur le featuring avec Nordman, star de la pop suédoise, qui assure donc les refrains pour un résultat des plus curieux mais non dénué d'intérêt. Bon d'accord, on se croirait par moment dans un album de HIM, vachement même. Mais le titre est épicé, le featuring est assez bien assuré et surprenant. Notons son intermède central, très ambiancé et qui rappelle l'Ambient d'un Ulver – en moins poussé quand même. Le morceau divisera mais la prise de risque elle est totale, et donc à saluer.

Et cette prise de risque est la marque véritable de ce VII – Född Förlorare, qui dévoile un autre visage de Shining. Une prise de risque basée notamment sur le featuring car hormis Nordman nous avons le droit à Erik Danielsson, chanteur de Watain, venu pousser la guelante sur « Tiden Läker Inga Sår », morceau très moyen dont la rythmique fait sacrément circus diabolique, le diabolique en moins. Le blast infernal amené par ce déferlement de cris est par contre très efficace mais les cris de Erik font vite pâle figure et très vieux retraité torturé – à ce titre, les crachats sont du recyclage pur et dur des anciens opus. Cependant les derniers featurings sont de qualité car – et je suis mauvaise langue – ils ne sont qu'instrumentaux. Chris Amott de Arch Enemy vient notamment poser sa patte guitaristique ahurissante sur « Människa O'avskyvärda Människa », dont le riff principal est sympathique mais ne relève pas le niveau du reste, terriblement classique pour du Shining. Là où il intervient c'est au niveau des soli, tout bonnement bluffants d'efficacité et de maîtrise et qui rappellent bien entendu les parties maladives et schizophréniques de VI – Klagopsalmer. Un featuring qui décoiffe littéralement et permet au morceau d'avoir un certain intérêt, même s'il faut avouer que sans cela, il aurait été bien difficile d'y revenir. Même tout frais payés. Enfin, probablement l'un des meilleurs éléments du skeud, « I Nattens Timma », où Kvaforth est épaulé par Peter Bjärgö d'Arcana - rien que ça encore – au piano et mellotron pour accoucher d'une piste légère et douce, dont la mélodie saura vous bercer les nuits hivernales. Sincèrement, s'il y a un morceau à retenir de VII – Född Förlorare, c'est bien celui-ci, renversant de beauté simpliste et qui prouve que Kvaforth excelle par instants au chant clair. Très intimiste, très surprenant, à l'image de l'album lui-même, il précède malheureusement « FFF » - traduire 666 pour les gars au fond – dernier morceau un peu cancre de la classe. Pourtant son introduction à la guitare sèche est irrésistible, Kvaforth y va encore d'un chant clair prenant, avant d'exploser en rage typiquement Black Metal Dépressif : le révolté qui hurle sa haine au monde. Trop saturée de passages saccadés sans grand effet, « FFF » évolue ensuite vers, tenez-vous bien, des orchestrations dignes des Walt Disney. Non je ne suis pas dur, jugez par vous mêmes. Le résultat est donc assez risible et l'effet qui était voulu – la peur, atmosphère inquiétante ? - passe à la trappe et on pense plus à Fantasia, dont le thème « Night On Bald Moutain » est en comparaison bien plus saisissant.

Mais Shining évolue, Kvaforth cherche à construire un autre univers, plus personnel, dont l'aspect maladif avait été entrevu sur VI – Klagopsalmer, et qui surprend dans son intimisme, sa douceur, et en même temps cette longue plainte du type « à bout de souffle », à l'image de cette pochette – la meilleure de Shining. VII – Född Förlorare, ou Nés Perdants, est un des essais les plus intéressants des suédois, un des plus personnels, et il réserve bon nombre de frissons à l'auditeur. Ses featurings sont en grande partie pensés avec talent et la propension de Kvaforth à chanter en clair donne un cachet inaltérable à ce septième jet. Les riffs se ressemblent, malheureusement, et l'on trouvera plus son plaisir dans les développements acoustiques et Ambient, qui risquent de devenir le Shining de demain. Serti de pierres précieuses mais gâché par un or vieillot, tel est ce nouvel album tant attendu, en partie décevant et en partie passionnant, qui amorce un nouveau chapitre de leur histoire, décidément pleine de rebondissements.



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Commentaires


Bon, finalement, nos avis se rejoignent, mais j'ai été plus impressionné par la prise de risque plutôt réussie.
Après, je ne sais pas si on peut parler d'un nouveau visage de Shining, ou d'une continuité plus aboutie du précédent album. Je pencherais pour la seconde option dans le sens où on retrouve quand même pas mal d'éléments de VI - Klagopsalmer. M'enfin, qu'importe...

mer. 1 juin 11- 12:24  
Quant à moi, j'ai été totalement conquis par cet opus. Il tourne en boucle depuis quelques jours, et je dois avouer que je le considère comme l'un des meilleurs du groupe. Je trouve qu'il dépasse VI - Klagopsalmer de la tête et des épaules.
Je n'irais pas jusqu'à parler de prise de risque, mais plutôt d'une évolution logique brillamment menée. Des morceaux à la fois fidèles au style du groupe mais qui assument aujourd'hui leur totale liberté tout en gardant une excellente cohésion.
Les ambiances sont vraiment prenantes, les mélodies superbes, les variations et les contrastes succulents sans jamais se disperser, et l'aspect sinistre et désabusé est selon moi magistralement exprimé.
Mais bon, chacun perçoit les choses à sa façon après tout...

jeu. 2 juin 11- 13:12  
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VII - Född Förlorare - Infos

Voir la discographie de Shining
Infos de VII - Född Förlorare

Sortie : 11 mai 2011
Genre : Black Metal
Label : Spinefarm Records
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Förtvivlan, Min Arvedel (06:29)paroles de Förtvivlan, Min Arvedel
2. Tiden Läker Inga Sår (08:10)paroles de Tiden Läker Inga Sår
3. Människa O'Avskyvärda Människa (06:42)paroles de Människa O'Avskyvärda Människa
4. Tillsammans Är Vi Allt (09:22)paroles de Tillsammans Är Vi Allt
5. I Nattens Timma (04:04)paroles de I Nattens Timma
6. FFF (07:00)paroles de FFF
écouter : Ecouter l'album

Shining

Shining
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Voir la page du groupe
Création : 1996
Genre : Black Metal
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