En l’an de grâce 1999, après un Fort Intérieur qui restera, selon votre humble serviteur, l’une de ces plus triomphales victoires, l’armée dont Bruno Dolheguy demeure l’irréductible chef se vit, à nouveau, décimer sous les coups du sort. Tombant au front de cette bataille sanguinaire les combattants disparurent les uns après les autres, laissant, encore une fois, l’homme moribond seul défenseur de son rêve. Vint alors, en renfort, de nouveau indicibles guerriers en la personne de Nicko et Thierry Andrieu, respectivement à la batterie et à la guitare mais aussi en la personne de Patrick Olivier à la basse. La troupe ainsi reconstitué, destriers parés, armures clinquantes et armes à la main ; le combat pouvait alors reprendre.
Premier offensive de cette nouvelle armée, 109, neuvième véritable album des basques toujours encore unis sous l’oriflamme d’un Heavy Speed aux relents Thrashy, s’affirme d’emblée comme le formidable témoignage de cette infaillible bravoure avec laquelle
Killers endure, et se relève à chaque fois plus fort, ces cruelles blessures qui transpercent sa cuirasse depuis plus d’une décennie et demie. Cette vue de l’esprit, quelque peu imagé par un lyrisme naïf, est pourtant une réalité.
Cependant si cette détermination assidue à ne jamais vouloir abandonner est éminemment respectable en tant que dessein, elle n’augure pas nécessairement d’une œuvre forcément parfaite d’un point de vue plus purement artistique. De telles sortes que, bien que fort respectable, les titres de ce nouvel opus s’alourdissent de quelques imperfections embarrassantes.
Evoquons, surtout, une sorte de fébrilité ambiante née, sans doute, de cette nouvelle association et de la précipitation dans laquelle cette œuvre semble avoir été enfantée. Cet empressement tangible, cette urgence palpable, offre à ce 109 un vernis apparaissant comme le résultat irréfléchis d’une certaine immaturité. Bien évidement au vu de l’expérience de ces musiciens aguerris rien ne peut attester formellement de cette ingénuité qui reste, alors, qu’une impression. Une impression, certes, mais tenace. Et ce d’autant plus qu’elle est consolidé par la relative disgrâce de cette pochette trop colorée, au graphisme moyen, qu’on croirait la conséquence, justement, d’une hâte imprudente.
Quoiqu’il en soit le contenu de ce manifeste demeure à la fois plaisant et à la fois décevant. Moins séduisant que son prédécesseur, 109 nous propose cependant quelques moments délicieux. Citons, au chapitre de ces satisfactions, les appréciables et nerveux Le Meilleur, Allié, La Mort dans l’Ame ou encore, par exemple, le remarquable Sang Neuf. Ce dernier, aux tempos lourds et pesants, s’insinue redoutablement en nos esprits, nous prouvant ainsi tout le talent de ce groupe. Au côté de ces heurts décisifs, Légende, vient brillamment enfoncer sa lame au cœur de nos certitudes. Véritable actes de bravoure, ce titre de plus de quinze minute, enchaine admirablement ses différentes constructions pour ce qui demeure, sans conteste, la meilleure arme de cette nouvelle attaque. Presque totalement vaincu, rien ne semble pouvoir enrayer l’inéluctable marche vers le triomphe de ce 109. Et pourtant…
Et pourtant d’autres assauts de cette offensive viennent contrarier cette avancée. En véritable habitude coutumière, pour lesquelles j’avoue avoir peu de gouts, parlons tout d’abord ces titres moins concernés, aux thèmes parfois plus frivoles, qui viennent douloureusement agrémenter cette bataille. Ainsi Méli-Mélo, Combien…, et même French Paradoxe, malgré un texte superbement acerbe, ne parviennent pas véritablement à nous achever. Evoquons ensuite des titres qui, pourtant pétrie de qualités, demeurent eux aussi quelques peu inefficaces. Manquant du charisme, et de l’originalité, nécessaire pour en faire de véritables chants de victoire à la gloire de
Killers ; ils viennent ainsi s’ajouter à la liste de ces bons titres dans l’instant, mais qui ne peuvent indéniablement pas s’inscrire dans un souvenir impérissable (l’instrumental Furia, Humain ou encore, par exemple, Le Jour du Siècle).
Ce nouvel opus des basques de
Killers demeure donc un album très imparfaits mais qui pourtant révèle quelques moments attachants. De cette impression médiane, et fort de ces nouveaux venus dont on devine subrepticement le potentiel, va cependant naître un espoir fort encourageant. Car 109 est indiscutablement un album charnière qui promet, bientôt, le meilleur. Si tant est que le sort veuilles bien laisser ces basques enfin s’épanouir loin de ses tentaculaires coups de boutoirs.