Contre-courant, précédent album des basques de
Killers, constituait le paroxysme d’un travail de recherche mélodique égaré en des méandres doucereux dont le résultat, malheureusement, fut coupable d’un sentiment mêlant embarras et ennui assez inhabituel concernant ce groupe. A ce résumé succinct de cette œuvre, il faudrait encore ajouter un certain manque d’inspiration mais aussi, et surtout, un manque d’agressivité manifeste, et, aussi lapidaire qu’il soit, ce condensé exprimerait alors assez bien la faillite de cette œuvre. Cet échec artistique ne pouvait demeurer comme l’épitaphe cinglante d’une carrière où Bruno Dolheguy et les siens auront toujours combattus avec une indéfectible abnégation et ce afin d’affirmer une personnalité unique et libre.
Si son précédent effort manquait singulièrement de pugnacité, à l’instant même ou résonne les première notes du riff nerveux de Paranoïa, premier chapitre de ce Fort Intérieur, la virulence saisissante de ce titres ne peut laisser dubitatif sur la saine réaction de
Killers. Indiscutablement le doute n’est pas permis. Sous la bannière retrouvé d’un Heavy Metal vif et âpre, Bruno Dolheguy et les siens donnent l’assaut fort de cette virulence reconquise. Pourtant si cette véhémence rageuse s’exprime à nouveau délicieusement, elle s’exprime également de manière nouvelle. En effet rarement
Killers fut aussi incisif, rarement il fut aussi combattifs, rarement il usa d’autant de hargne dont l’ardeur s’apparente à celle de mouvement clairement plus extrême et il n’est pas infondé de parler ici de relents Thrash indéniables. Ce sentiment est d’autant plus prégnant que les guitares mettent, admirablement, en exergue cette délectable animosité Thrash. Ici, donc, point de mélodie inutilement harmonieuses mais une intensité redoutable dont chaque manifestations semblent avoir été minutieusement réfléchis.
Passé les premières offensives d’un Paranoïa efficace, rien ne vient entamer notre enthousiasme nourris par cette colère ardente ; et l’intérêt bienveillant, lentement, se mû en plaisir avéré au fil de titres prompt et exalté tels que Sur de Rien, Les Fous de Dieu ou encore, par exemple, Plus Fort que la Colère. Si ces morceaux demeurent, essentiellement, rapides ; d’autres, quant à eux, tels que, par exemple, l’excellent Animal au riff lancinant et au rythme pesant, sont plus posés. Cette diversité heureuse constitue, aussi, une valeur fondamentalement caractéristique de ce groupe. Tout comme, d’ailleurs, l’usage de l’expression française en des textes à la verve poétique et acéré remarquable, tout comme la fierté d’appartenance à ce peuple basque qui se traduit, à nouveau, par un court morceau chanté en euskara, et dont le texte est un extrait de l’Ò piscadore (Arrantzale maïtagarri) du groupe ‘‘politico-culturel’’ L’arcusgi ou tout comme ces morceaux aux propos moins sérieux et concernés tels, qu’ici, Mode D’emploi.
Au-delà de ces éléments traditionnels, signature singulière du groupe,
Killers fait, même, preuve d’une audace pas inintéressante en nous offrant, par exemple, une ballade, Pour Toujours, dont le résultat est attachant.
Notons aussi le soin apporté au produit dont le livret, et l’artwork, sont tout simplement beaux.
Finalement le seul défaut nuisible de ce Fort Intérieur réside dans sa longueur. Pas moins de seize titres, pour plus d’une heure dix de Heavy, rendent l’œuvre difficilement accessible sans un effort consentis. Ce monolithe, pourtant suffisamment nuancé, ne peut donc s’appréhender sans temps.