L’atmosphère fébrile singulière qui exhale d’un moment aussi particulier que celui de la rencontre d’un artiste et de son public, dans le partage de cette exaltation intense, nous fait, souvent oublier les petites imperfections de ce face à face. Et lorsque le témoignage impérissable, gravé de manière intemporelle dans l’histoire, s’offre à nous,l’objectivité nous ouvre parfois cruellement les yeux.
Ainsi, en dehors de ces instants qui furent sûrement intenses lorsqu’ils furent vécus au cœur même de ce concert, cet Ennemis en Public nous en propose une image dont les contours nous laissent des impressions quelques peu mitigés. Sans véritablement incriminer Bruno Dolheguy et les siens, dont on finit par ne plus savoir véritablement qui ils sont tant ils en changent souvent, l’œuvre s’alourdit, en effet, de quelques imperfections gênantes. Visiblement enregistré en ses propres terres, l’œuvre témoigne pourtant de manifestations, de la part de l’auditoire qui devrait être tout acquis à la cause des basques, d’une étrange léthargie. Alors même que le chanteur, maître des desseins de ce groupe depuis fort longtemps, tentes de bousculer une foule, visiblement peu intéressés, (en témoigne certaines de ces intervenions presque agacés : ‘‘…Vous dormez ? Ouais, vous dormez…’’) usant d’une bonhomie et d’une simplicité dont il semble être pourvu, la communion semble factice, maladroite, impuissante à s’exprimer en une seule voix. Cette impuissance, où chacun reste face à face plutôt qu’unis, et d’autant plus mal desservis par une production où les quelques rares expressions du public semblent étouffé, perdus en un lieu reculé.
Si
Killers est innocent de cette apparente apathie d’un auditoire lointain et somnolent, il ne peut indiscutablement pas nier quelques petites responsabilités accablantes. Ainsi certains aigus approximatifs de Bruno Dolheguy, notes visiblement hors de sa propre tessiture qu’usa autrefois Patrice Le Calvez lui échappent de manière embarrassante. De sortes que des titres tels que Chevalier du Déshonneur, ou encore Délire de Mort revêtent un caractère, par moment, désagréable, passablement embêtant. On peut, d’ailleurs s’interroger sur le fait de savoir si ces titres furent exhumer exceptionnellement tant d’autres plus illustres de ce répertoire aux hauteurs aujourd’hui inconfortables demeurent mieux maitrisées. Citons les fameux, et excellents, L’
assassin ou encore Rosalind.
Evoquons aussi le choix de ces morceaux dont la sélection, bien trop axés sur Contre-courant et bien trop oublieux de Citées Interdites, demeure, me concernant, une inextricable énigme. Le ressenti, et les gouts de chacun, pourra éveiller les émois, les plus sincèrement admiratifs, d’adeptes conquis par certains titres, alors que d’autre resteront sourd à ces impressions préférant d’autres morceaux. Il n’existe aucune loi imposant l’évidence, mais de fortes convictions. Et pour ma part, je demeure convaincu que des compositions tels que L’armée de la Mort ou encore tels que, par exemple, Citées Interdites, auraient bien mieux servis cette œuvre que des morceaux tels que Travelling Flash ou Contre-courant.
Notons tout de même, outres ces morceaux agréables mais sans plus, cette sympathique reprise du morceau Walk All Over You d'
AC/DC que
Killers transcende, accélérant quelques peu son rythme et chantant son texte en langue basque.
Quoiqu’il en soit, outres cet éventail dont le choix reste impénétrable, exception faites de ces quelques approximations vocales et en dehors d’un auditoire quasiment silencieux et absent, le reste de cet ensemble demeure acceptable. Mais en réalité autant dire, à la mesure des défauts observés, que ce reste est quantité presque anecdotique et que ce Ennemis en Public deviens, de ce fait, lui aussi, un manifeste presque anecdotique. Presque…