Les parcours artistique ne sont que des chemins chaotiques sur lesquelles les créatifs tentent, entre désillusions, trahisons, joies, ravissements, de jeter en pâtures aux sens d’un public critique le reflet de leurs divers états d’âmes incertains. Mais lorsque Bruno Dolheguy, guitaristes et artisans penseurs des basques de
Killers, vit, après d’obscures dissensions, les forces les plus prometteuses l’abandonner quasiment seul à son triste sort, nul doute qu’un certain fiel dû l’envahir.
Killers se retrouvait, après un deuxième album encourageant, moribond et mutilé de ses membres les plus significatifs. Patrice Le Calvez, Pierre Paul, Michel Camiade et Didier Deboffe rompe donc le lien qui les unissait et s’en vont sous d’autres cieux pour d’autres aventures exceptionnelles. Mais ceci est une autre histoire. Ainsi amputé, ainsi agonisant,
Killers devait mourir. Comment put-il en être autrement ? Si aujourd’hui nul ne peut s’étonner qu’il n’en fut pas ainsi et ce au vu et au su de l’abnégation avec laquelle Bruno s’est toujours battus durant une carrière intègre au cours de laquelle il n’aura finalement fait que peu de compromis ; cette évidence était loin d’être acquise en ces temps lointains. Pourtant, mû par une volonté indéfectible, Bruno Dolheguy et son
Killers sort, en 1987, le troisième album du groupe basque intitulé, comme un message que l’on pourrait supposer vindicatif, Mises aux Poings.
Pour en résumer succinctement le contenu, sans détours allégoriques inutiles, il nous faudrait objectivement en évoquer quelques défauts notoires. Il nous faudrait alors, en effet, parler de Serge Pujos qui, sans égaler Patrice, propose un chant agressif et âpre dont les seules imperfections seraient, peut-être, un certain manque de diversités dans un chant toujours craché avec véhémence mais aussi certaines rares dissonances irritantes dans ses quelques seuls moments inhabituellement plus nuancés (Les Fleurs du Mal). Nous ne pourrions, non plus, taire l’évidence de ces morceaux, certes intéressant, mais bien moins captivant et bien moins charismatiques que sur son prédécesseur. A décharge de ces éléments accablants, il faudrait ajouter que Mise au Poings est indéniablement un album produit dans un certain état d’esprit inévitablement lié aux désillusions de Bruno. Si cette déconvenue offre à l’œuvre un certain gout amer, elle lui offre aussi une rage sourde pas inintéressante. La conclusion logique de tous ces faits indéniables est que cette œuvre est indiscutablement une œuvre de transition.
Une fois le constat de ses lacunes établis, il faut aussi parler de ses qualités car il y en a. Si le chant de Serge Pujos manque un peu de nuances, il est impossible d’en dire autant de la musique de ce groupe. Essentiellement Heavy, elle ne daigne pas s’égarer dans les dédales d’un Speed Metal que, désormais,
Killers maitrise agréablement (Rockstar Limite, Illusion, Danger de Vie, Seul).
Il nous faudra aussi parler succintement de sa production, enfin, adéquate.
Il nous faudra encore relever les vertus de ses textes dont la poésie cynique s’est encore affinée. Son écriture talentueuse confère à
Killers un caractère délicieusement particulier.
Malheureusement toutes ces qualités ne suffisent pas à faire de cet album une œuvre suffisamment séduisante. Alors qu’autrefois le groupe excellait dans la composition de titres efficaces intenses, déméritant sur des aspects plus particulièrement techniques, ce Mises aux Poings constitue un revirement assez curieux puisqu’il donne à entendre un album pratiquement irréprochable techniquement mais dont les morceaux sont, presque, anecdotiques. Faisant de ces forces des faiblesses, et de ces faiblesses des forces,
Killers nous offre donc un Mise aux Poings ni meilleur, ni pire que Danger de Vie. Une progression brisée nette. Ce qui, après tout, reste compréhensible au vu du contexte qui entoure la sortie de cet opus.