Une première œuvre constitue souvent un pas maladroit sur ce chemin de la découverte de sa personnalité créative. Accompagnant cette naissance artistique en gravant ces quelques lignes nouvelles au chapitre de la postérité, l’essai, né de cette quête, demeure généralement esclave de nombreuses imperfections. Evoquons cette fébrilité touchante qui accompagne souvent une jeunesse créative qui se cherche, ou encore des compositions dont l’influence n’est pas évoqué subrepticement mais une ligne directrice presque plagiaire, mais aussi les difficultés à donner à son œuvre la dimension nécessaire desservie par une production anémique ou également, par exemple, l’insuffisance de certains musiciens inapte à offrir techniquement ce que l’on attend d’eux. Au-delà de ces défauts, dont l’accumulation devient rédhibitoire, souvent inhérents à l’exercice originel, y perçoit-on, parfois, un esprit certes malhabile mais mû par une réelle volonté de s’affirmer différemment. Et lorsque cette détermination est accompagnée par quelques idées embryonnaires séduisantes, et par un talent primitif et brut mais latent et évocateur de délicieuses promesses à venir, l’œuvre ainsi accouché prends alors un sens particulier. Bien évidemment elle ne se transcende pas au point d’en devenir parfaite et ses tares demeurent lourdement pénalisantes, mais la persévérance, et, il faut bien le reconnaitre, une certaine indulgence, peuvent dévoiler de véritable trésor insoupçonné.
Ainsi, au milieu de ces années 80, et alors que la paysage artistique Hard n’Heavy hexagonale s’affirme avec force sur ces terres sans jamais véritablement parvenir à conquérir les contrées étrangère frileuses face à cette exception culturelle identitaire de nombres de ces groupes qui uses du français pour s’exprimer ; nait, du côté de Bayonne, au Pays Basque, un quintette .baptisé
Killers. Le groupe, dans lequel l’emblématique Bruno Dolheguy n’est alors que guitariste rythmique, exprime son désir de défendre les couleurs d’un Heavy/Speed Metal naissant. Les basques sortent, en 1985 leur premier véritable LP intitulé …Fils de la Haine.
Il convient, tout d’abord, d’évoquer toutes les difformités de cette œuvre et ce afin de ne pas la transcender en un manifeste qui est certes important et crucial mais pas véritablement imperfectible. Car si l’album a des qualités, il faudra une certaine obstination pour en discerner subrepticement, derrière ce son atrocement creux à la réverbération désuète, la teneur. La défaillance de ce mixage confère aux titres, et notamment les plus rapides, un aspect un peu désordonné embarrassant et ce d’autant plus que ces musiciens semblent, en ces instants prompts, dans l’incapacité de s’exprimer, parfois, en un ensemble unie (Le Fils de la Haine, Penses à ton Suicide, Sacrifice,
Killers, Mercenaire). Il devient, en certains passages de ces morceaux, complexe de distinguer chacune des nuances, même imparfaite, dispensées par chacun des protagonistes ici présents. Il convient, ensuite, de parler de cette immaturité qui confère à certains titres, loin d’être ratés, un climat guilleret parfois déconcertant aux côté de certaines autres débauche (Au Nom du Rock n’Roll, Heavy Metal).
Il suffirait alors, après une analyse aussi concise mais juste, de condamner cet album à un oubli caractérisé. L’entreprise serait aisée en envisageant ses nombreux défauts conséquences d’une certaine immaturité, d’une production défaillantes, d’un Speed Metal encore approximatif. Et la sentence serait, assurément, justifiée s’il n’y avait pas ce Heavy dans lequel
Killers, sans exceller dans sa maitrise, fait preuve de quelques initiatives intéressantes (certains passage de Sacrifice ou du Magicien d’Oz). Et la cause serait d’autant plus entendue s’il n’y avait pas également, au-delà de cette esquisse rudimentaire, certaines révélations déterminantes fortes encourageantes.
Dans le cadre de ces découvertes enthousiasmantes évoquons, en premier lieu, un Patrice Le Calvez dont les voix aux timbres suraigus fera faire, aux médias connaisseurs, un rapprochement fort à propos avec certains acteurs de la scène saxonne. Surnommé le Udo Dirkschneider français, l’homme va, en effet, et ce malgré quelques intonations hésitantes, se révéler. Evoquons aussi certains titres aux constructions subtiles, aux atmosphères travaillées, à l’inspiration débordantes, et qui bientôt deviendront d’indiscutable incontournables. Citons là l’excellent Rosalind et ces climats délicieux changeants, et ses refrains touchants où dans un râle Patrice vient susurrer ce prénom à nous esprit nous faisant partager toute la douleur du héros de cette histoire, ou encore, par exemple Chevalier du Déshonneur.
Cette œuvre, …Fils de la Haine, aux défauts nuisibles, garde pourtant quelques charmes lié non seulement à la nostalgie de ces premiers instants fébriles, mais aussi, et surtout, à la découverte quelques talents fortuits.