La plus grande faiblesse de ces genres aux frontières étriquées établies depuis des décennies, de ces styles aux territoires prétendument anciens aux horizons communément connus et reconnus, de ces mouvements musicaux aux cannons restreints écrasant lourdement l’imagination ; est, assurément, le conformisme dans lequel peuvent se retrouver enfermer les artistes les plus sclérosés tentant de s’exprimer. Certains, tétanisés par ce manque de créativité affligeant et évident, se contente de s’installer confortablement dans les sillons très profondément creusés par de plus illustres prédécesseurs, au nom, disent-ils, d’une liberté affranchi et d’une sérénité désinvolte. D’autres, bien au contraire, savent affirmer, avec conviction et sincérité, une personnalité, et un tempérament, dont chaque particularisme caractérise intensément l’œuvre. Entre un immobilisme commode et une inventivité ingénieuse et courageuse,
The Poodles inscrit sa démarche, résolument, dans le mouvement enthousiasmant et dans l’évolution salutaire.
Formé en 2005, fort de deux albums et d’une reconnaissance avéré, le groupe sort ce
Clash of the Elements, troisième chapitre de son histoire. Ce qui caractérise le plus cette œuvre, n’est pas tant l’inspiration de ces titres intéressants et réussis, ou encore la qualité de ce son précis et précieux né du travail de Mike Frazer (
Aerosmith,
AC/DC,
Led Zeppelin,
Whitesnake), mais bel et bien cette diversité plurielle avec laquelle un
The Poodles, au talent immense et effrontément insolent, compose. De cette approche d’un hard rock mélodique simple et enjoué, à mi chemin entre Bon Jovi et
Gotthard (avec parfois des teintes qui ne sont pas sans éveiller en nous les souvenirs oubliées d’un
TNT du temps de sa splendeur), le groupe sait offrir une certaine excellence. Pourtant ce sont bien les détails les moins insignifiants qui viennent encore, ici, sublimer davantage le propos. Ainsi dès l’entame de cet opus, dans les méandres d’un Too Much for Everything atypique, où les mélodies particulières d’un dialogue Piano/voix (aux parfums subtilement succincts de la musique américaine des années 50) et où ce refrain efficace, viennent vous emporter ;
The Poodles donne, déjà, la mesure savoureuse de son habileté. La conception très « cinématographique » de ce morceau n’a rien de négligeable, et semblent bien issus d’une réelle volonté du groupe car d autres, eux aussi, s’y inscrivent. Ainsi une ballade telle que Sweet Enemy, au sentiment mise en scène et à l’émotion transcendés par ces claviers, ou encore telle que
7 Days and 7 nights, son intro, ses pianos, son atmosphère sous-jacente, sa conclusion ainsi que quelques réminiscences à la guitare que n’auraient sans doute pas renié Ennio, donnant à ce titre un parfum de l’ouest sauvage, ou aussi telle que la ballade Wings of Destiny, ses samples, sa construction et ses orchestrations ; témoigne largement de ce dessein.
Certes, d’autres titres peuvent apparaître plus traditionnels, pourtant en les goutant avec attention, certains de leurs éléments distinctifs arrivent toujours à attiser en nous un plaisir délicieux. Ainsi un excellent Caroline et son refrain lumineux, un très bon Like No Tommorow, un incroyable I Rule the Night au chorus brillant, un très plaisant Pilot of the Sorm aux riffs plus lourds, mais aussi la jolie romance d’un Can’t Let You Go aux guitares tziganes, nous emportent indéniablement.
Ce
Clash of the Elements est donc un album riche, varié mais surtout très attrayant, dans un genre qui, quoiqu’on dise, n’en compte pas tant.