Mark St. John ne sera en définitive pas réintégré dans les rangs de
Kiss.
Paul Stanley et
Gene Simmons ont en effet trouvé en la personne de
Bruce Kulick le remplaçant idéal puisque si le bonhomme joue bien, il est en plus très discret, heureux d'être là et il ferme sa gueule, ce qui est un point essentiel pour ne pas terminer comme
Vinnie Vincent ou le malheureux St John. Cependant, Kulick n'arrive pas forcément au meilleur moment :
Kiss voit en effet sa popularité baisser, le groupe ne pouvant faire face à l'émergence de jeunes pousses qui se sont pas mal inspirées d'eux, comble de l'ironie.
Simmons étant encore peu concerné par les affaires du groupe, c'est Stanley qui chapeaute le tout, et qui définit la ligne directrice du nouvel album, dont la pochette contient un symbole habilement dissimulé : les lèvres des protagonistes sont des couleurs qui évoquent les albums solo de 1978. Et Stanley laisse parler sa fibre glam. Si les photos du groupe montrent un style vestimentaire pour les musiciens très en phase avec son époque, le son est à l'avenant, comme le style en fait. Encore une fois, le groupe prouve son intelligence, sa capacité à toujours être à la page. On les avait connus opportunistes durant la période disco, capables de s'atteler à un album conceptuel quelques temps après le triomphe de The Wall de Pink Floyd, d'oser le heavy couillu lors de l'explosion de la NWOBHM et on les voit à présent s'accrocher au wagon du metal US calibré MTV avec une certaine réussite.
Tel un caméléon,
KIss se fond parfaitement dans le décor, il est vrai très bien secondé. Ainsi, on retrouve
Desmond Child et
Jean Beauvoir à la composition, comme pour l'opus précédent, qui viennent apporter les refrains catchy et les mélodies qui font aussitôt mouche à une époque où le foulard est un symbole phallique et où les armes n'ont pas droit à l'image dans les clips. Donc, on se retrouve avec du hit en puissance sur l'album, mené par un Stanley complètement à son aise. Il apporte une certaine force de frappe sur
King Of The Mountain où
Eric Carr assure un jeu puissant et précis derrière ses fûts, il se montre plus joueur sur les mémorables
Who Wants To Be Lonely et
Uh ! All Night, ou se fait velours sur la ballade
Tears Are Falling. Il est l'homme de la situation et se trouve admirablement secondé à la guitare lead par l'enthousiaste Kulick.
Puis à côté, il y a Simmons, qui fait acte de présence et qui signe des morceaux qui semblent avoir été plus torchés que travaillés. Ses compositions finissent toutes par sonner un peu brouillon, même si certaines parviennent à s'en tirer un tant soit peu, comme ce
Trial By Fire, aidé il est vrai par Kulick.
Malgré des qualités évidentes, Asylum peine à réellement décoller. L'album se termine sur une impression mitigée, comme s'il s'agissait tout simplement d'un disque de
Kiss de plus, sans réel génie, sans ce côté savoureux qui se dégageait d'albums comme
Creatures Of The Night ou Lick It Up. Comme si en cédant une nouvelle fois à la facilité - ou à l'opportunisme, appelez ça comme vous voulez -
Kiss avait laissé une partie des fans sur le carreau. Dépassé allègrement par la relève que pourtant il vampirise royalement, jusqu'au niveau des paroles qui atteignent un sexisme rare, même pour lui,
Kiss semble se traîner sur une partie de l'album, ne devant son salut que grâce à quelques titres forts, qui tirent volontairement, sûrement, cette galette vers le haut.
Kiss marque donc le pas, sans que ce soit catastrophique, mais la baisse de régime de Animalize se confirme sur ce Asylum. Stanley est un peu seul pour diriger le navire, le manque de second amiral devient difficile à gérer. Et pourtant, ironiquement, son retour aux affaires marquera un nouveau genre de déclin...