Blind Guardian avait frappé un grand coup avec Imaginations From The Other Side paru en 1995. Et même si Forgotten Tales, EP honnis et tombé plus ou moins dans l'oubli fut le premier effort officiellement sorti en France pour les Allemands, Nightfall In Metal Earth allait réellement être le premier vrai grand test du groupe dans l'Hexagone. Percée d'autant plus difficile vu que cet album est conceptuel et qu'il tourne autour du Silmarillon, oeuvre de J.R.R. Tolkien (vous savez, le Seigneur des Anneaux et tout et tout...).
Blind Guardian fait en fait dans la récidive. La chanson
Lord Of The Rings évoquait déjà le SDA. Un livre fleuve résumé en trois petites minutes, ça peut paraitre rude. Un album entier sur la mythologie des Terres du Milieu imaginée par Tolkien est une autre paire de manche : souvent incompréhensible pour les non initiés, le Silmarillon est une compilation de textes au style littéraire parfois très lourd (voire effroyable), qui narre des ères entières par le biais de divers personnages clés ayant modifié l'histoire par leurs actes, leur fourberie ou leur haîne. Comme il est stricto sensu imposible de tout résumer en un seul disque,
Blind Guardian s'est concentré sur les épisodes les plus importants de cette saga, ou du moins les plus parlants.
Autre particularité, il s'agit également du premier album de
Blind Guardian où
Hansi Kürsch ne joue pas de basse, préférant se concentrer sur le chant compte tenu de la particularité des paroles et de la difficulté à gérer deux instruments, la voix en étant un. Sans être intrônisé membre officiel, c'est
Oliver Holzwarth qui tiendra la quatre cordes tout du long.
Plus que jamais,
Blind Guardian ressemble à une espèce de formation de bardes élecrtriques. Des structures des chansons aux choeurs prestigieux, tout est fait pour que ça sonne épique avec des allures plus moyen-âgeuses qui correspondent parfaitement au sujet traîté. Les bruits de battailles succèdent à celui du vent dans les montagnes, la théâtralité atteint une espèce de paroxysme. De courts intermèdes viennent presque systématiquement séparer les morceaux pour former une espèce de continuité dans l'histoire, souvent sous la minute, sans que ce soit gênant le moins du monde tant cela semble logique. Il est donc facile de s'immerger dans l'oeuvre et de plonger dans un récite à la dramatique variable, entre une douceur douloureuse (
The Eldar) et une violence sourde et cruelle (
The Curse Of Feanor, de loin le morceau le plus obscur de a galette).
Et à l'écoute de ces deux titres, on comprend aisément pourquoi Hansi a décidé de ne se charger qu'exclusivement du chant tant ses parties vocales sont ahurrissantes. Entre cris et passages posés sur lesquels il fait montre de son talent pour
The Curse Of Feanor, tout en mélodie, dans un style très
Queen pour
The Eldar, il n'est plus chanteur, mais trouvère, scalde narrant de folles épopées et l'effet est saisissant. Bien sûr, ce type de chant peut paraitre trop maniéré, voire agaçant, mais ici, il fonctionne parfaitement, il donne corps à un genre de metal qui a su sortir de ses clichés pour s'enrichir.
Le point faible de l'album réside dans sa trop grande complexité par rapport au style de base de
Blind Guardian. L'évolution est fabuleuse, flatteuse pour les oreilles, mais si l'on rentre facilement dans ce disque, il est aussi possible d vite se perdre au détour de certains enchaînements où le médiéval cède brutalement sa place au metal bien teuton (
Blood Tears, pourtant très bien foutu). Parfois un peu indigeste, peut-être un peu trop présomptueux, ce disque ne laissera pas indifférent. On aime, on déteste, difficile de dire simplement "mouais, en fond c'est sympa" car il se vit. Il ne s'écoute pas simplement, il demande un effort personnel de la part de l'auditeur pour être pleinement apprécié.
Nightfall IN Middle Earth n'est pas le meilleur album de
Blind Guardian, mais même s'il est légèrement inférieur à Imaginations From The Other Side, c'est bien celui-ci qui traversera le temps et qui restera leur oeuvre de référence de par sa diversité et son concept poussé à fond. Un bel hommage à Tolkien (et c'est moi qui dit ça !) et un bien bel album, que chacun se doit de posséder dans sa collection.