Dire que ce Nature Of Evil propose quelques troublantes similitudes avec le premier album éponyme de
Primal Fear, sortis la même année, ne serait qu’un doux euphémisme. Rien d’étonnant à cela lorsqu’on sait qu’un Matt
Sinner omnipotent et omniprésent est l’âme pensante de ces deux projets. Partageant encore avec son groupe jumeau un Tom Nauman à la guitare,
Sinner aurait pourtant des atouts à faire valoir. Des différences flagrantes qui pourraient l’amener à affiner une personnalité, une identité qui lui soit plus propres. Ainsi la présence d’un Fritz Randow (ex-Moon Doc, ex-Victory) à la batterie, d’un Alex Beyrodt (
Silent Force, The Sygnet) à la guitare, en véritable vétéran de la scène allemande devrait apporter une expérience suffisante à cet album pour en faire une œuvre original et inspiré. Il convient aussi d’ajouter la présence de Frank Roessler (Claviers) et d’insister sur l’absence importante, ici, d’un Ralf Scheepers dont la place est tenu par Mat
Sinner lui-même. Dans un esprit plus proche de l’école allemande plus traditionnelle, son chant, plus rugueux et moins aigus, donne, tout de même, un minimum de saveur le différenciant quelque peu ce
The Nature of Evil d’un
Primal Fear.
Et au fond, même si cet opus témoigne d’un conservatisme Heavy / Speed Metal teuton assez évident, et qu’il nous en offre les banalités les plus éculés, allant de la vélocité de titres savamment orchestrés aux doubles grosses-caisses de rigueur terriblement convenues et hanté par l’ombre succinctes d’un
Helloween tel Some Truth, ou
Trust No One, à quelques morceaux plus mid-tempos, plus traditionnellement Heavy, où l’on ressent un souffle d’inspiration plus dans la mouvance de ce que fit Accept, tels Faith and Conviction, ou encore d’un attirant Darksoul très lourds, à peine agrémenté d’une certaine « noirceur » sobre remarquable et de quelques riffs plus modernes, il n’en demeure pas moins que l’œuvre offre la certitude de quelques bons moment. Ni inoubliable, ni franchement indispensable, l’album délivre l’enchainement de ces titres à l’inspiration moyenne, mais à l’exécution exemplaire. On pourrait donc aisément penser qu’il ne mérite rien de plus qu’une attention distraite. Si au fond c’est tout à fait exacte, ne négligeons pas la présence sur ce disque de morceaux très intéressant. Ainsi le très bon Devil’s River, mais aussi un très savoureux A Question of Honour (deux titres plutôt véloces, très à l’image des travaux de
Primal Fear, mais qui pourtant restent attachant), mais surtout l’excellent
The Nature Of Evil, au refrain et à l’ambiance plus obscure très réussie, font partis des satisfactions plaisantes de cet album.
On ne peut évoquer cet opus sans parler de cette immonde pochette, sur laquelle un personnage affreusement caricatural, hybride entre un chien, un loup et un homme coiffé d’une permanente grotesque, semble s’extraire d’un tombeau, pendant qu’à l’arrière plan un autre canis lupus hurle à la mort sous les auspices d’une pleine lune de rigueur. Pour plus de ridicule encore, la créature semble affecté d’un léger strabisme risible. Si, évidement, l’imagerie n’a que peu d’incidence sur la qualité du contenu, il est quand même consternant de noter un tel sinistre.
Ceci étant, sans révolution, et avec une identité plutôt emprunte et maladroite,
The Nature of Evil vient se positionner dans la moyenne de ces œuvres pas réellement impérissable, mais appréciable.