Il est impossible d’évoquer le
W.A.S.P. de ces années là sans parler de ces luttes incessantes entre un sulfureux Blackie Lawless épris de liberté, et qui n’hésitent pas à user des frasques les plus provocatrices pour affirmer son bon droit ; et entre le puritanisme américain symbolisé par une Tipper Gore et son PMRC (Parental Musical Research Center) organisme de surveillance chargé de protéger, les plus influençables de ces sombres pensés perverses soufflés par de vils esprits aimant à se vautrer dans le stupre et la luxure la plus ignominieusement subversive. La croisade menée par la nouvelle égérie pudibonde, soutenue par la frange la plus prude américaine, est âpre. Traquant la moindre expression d’un semblant de perversion, latent ou non, évident ou pas, elle fustige au nom de ces compatriotes et surtout d’un moralisme de rigueur. Et quel champs de bataille est le plus propice que celui du Rock’n Roll, cette musique du diable, honnis depuis sa création, par tout un peuple, par toute une nation incapable d’en saisir la grandeur d’âme ? Personnifiant le mieux ce diable des temps modernes, Blackie et les siens, seront les victimes d’une cabale médiatique importante. A décharge de leurs détracteurs les plus farouches, il est vrai que les musiciens de Los Angeles, useront de toutes les armes les plus visuellement percutantes, de toutes les expressions les plus volontairement triviales, de toutes les attitudes artistiques perverses les plus consciemment échafaudés. Ainsi il n’est pas rare de voir Blackie Lawless boire du sang sur scène dans un crâne humain factice, de le voir jeter des morceaux de viandes crus sur un public stupéfaits, de l’entendre proférés des paroles obscènes, dont d’ailleurs il n’hésite pas à abuser dans les textes explicites de ces albums (Animal (Fuck Like a Beast)…), de le voir accoutrés de chaines, de clous, de lames de scie circulaires, dans des tenues suggestives et posant dans des mises en scène évocatrices sur des pochettes souvent peu équivoques(
W.A.S.P., Animal (Fuck Like a Beast), Inside the Electric Circus) et de le contempler dans des vidéos où de jolies créatures soumises et peu vêtues se déhanchent lascivement (L.O.V.E. Machine).
On peut débattre longuement afin de savoir si l’immoralité artistique doit, ou non, être codifié, ou interdite. Mais réduire l’expression artistique de musiciens talentueux, en occultant le fait que cette immoralité subversive est aussi une partie essentiel intégrante aujourd’hui, et fondatrice autrefois, de ce qu’est le Rock’n Roll (au sens large), est juste une immense erreur.
Parler de talent concernant
W.A.S.P. n’est pas une usurpation, ou une formule consacré, car ces musiciens en ont indéniablement. Après deux très bons albums (
W.A.S.P. (1984),
The Last Command (1985)) et un troisième un peu moins inspirés, et un peu désavantagé par une production moyenne (Inside the Electric Cicrcus (1986)), le groupe revient à l’assaut avec un
The Headless Children incroyable.
D’emblé le constat est saisissant, le groupe a acquis un discernement incontestable avec lequel il s’éloigne de toutes ces aspects les plus Glam, de toutes ces frasques et développe toutes les qualités d’un Heavy plus mature. Loin de cette sauvagerie ambiante, qui émaillait ses œuvres précédentes, il s’applique, aussi, à maitriser les moindres éléments de sa musique. Ainsi, dans des atmosphères torturés et prenantes, il offre l’excellence de titre sérieux, graves, concernés et souvent introduit par de merveilleux préambules (The Heretic (The Lost Child), le sublime
The Headless Children, Thunderhead). Nettement plus nuancé qu’a l’accoutumé, le chant plus posé et un peu moins rugueux de Blackie s’accommodent parfaitement de ces ambiances. Pour continuer à évoquer ces musiciens, et sans dénigrer le travail autrefois effectué par Tony Ridchards, ou Steeve Riley, le batteur Frankie Banali, plus technique, et notamment à la double grosse-caisse, donne désormais un relief particulier à la musique de
W.A.S.P. , sans pour autant en dénaturer aucunement l’identité profonde. Même les textes ont été ici mis au centre de préoccupations plus adultes, traitant d’inquiétude plus mûre (The Neutron Bomber…).
Si certains titres peuvent paraitre moins incontestables (Mean Man, Maneater…), c’est essentiellement dut à l'aspect exceptionnels de ceux déjà évoqués, car il est évident que des morceaux aussi bons, ne peuvent pas s’apparenter à de la médiocrité, ou de la faiblesse, bien au contraire. Ajoutons une très bonne ballade (Forever Free) formidablement amené par un prélude délicieux (Mephisto Waltz), mais aussi une superbe reprise des Who (The Real Me) dont Pete Townsend dira que Blackie est le seul à avoir su capté aussi bien l’essence de ce morceau, et nous tenons là, avec ce disque, incontestablement, une vraie réussite.