Virus, le dernier album en date d'
Heavenly datait déjà de 2006. En trois ans, l'eau a coulée sous les ponts et le groupe a fait son chemin, perdant au passage son batteur
Thomas Das Neves, remplacé par l'ex
Fairyland Piwee. Et fin 2009, Carpe Diem, le cinquième opus des français, se retrouve dans les bacs, proposant une première vision étrange. En effet, terminé le monde des zombis et autres créatures de l'enfer,
Heavenly donne cette fois-ci dans le gothique kraspec, une imagerie qui se voudrait sexy mais qui hélas ne laisse qu'une impression de vulgarité destinée à attirer le chaland.
Un détail simple, stupide. Mais la jaquette ne fait déjà pas envie. Ensuite, la réputation de
Heavenly n'est pas une inconnue. Le groupe de
Ben Sotto a souvent été qualifié d'éponge. Que les musiciens étaient des plagieurs de talent, notamment au niveau d'
Helloween et de
Gamma Ray, deux des ténors de la scène speed metal allemande. L'accueil fut plutôt chaleureux pour le premier opus, les suivant étant accueillis avec plus d'indifférence, quand ce n'était pas nimbé d'une certaine hostilité de la part d'une partie du public metal français, jusqu'à Virus où, la formation cherchait à se montrer plus direct, plus rentre-dedans. Sur Carpe Diem,
Heavenly semble faire marche arrière et rapidement, une sensation désagréable envahi l'auditeur. On se retrouve une nouvelle fois avec un effet
Gamma Ray : un disque qui, à l'instar du
Land Of The Free II du père
Kai Hansen, n'assume pas ses influences et se complet dans une récupération de plans ou de mélodies.
Fâcheux.
Cette fois-ci, l'album a un faux air de
Sonata Arctica. On pense forcément à Unia quand on se penche sur ce Carpe Diem, même si le concept, l'envie n'aurait pas été poussée au même niveau. Mais l'ombre de
Queen plane également sur ce disque. Il suffit d'écouter
Farewell pour s'en convaincre : piano insistant, ponts délicats, variation des styles dans une durée réduite, jusqu'au style du solo qui n'est pas sans rappeler celui de
Brian May dans les années 70. Composition troublante, donc, qui tranche avec le heavy habituel de
Heavenly, mais difficile pourtant d'être convaincu. Une recherche dans le son qui fait trop respectueux du modèle, une faiblesse dans l'écriture peut-être, ce genre de chanson restant très délicate à aborder, jusqu'au final qui évoque encore une fois la force créatrice de May...
On peut également se pencher sur le cas de
Ode To Joy qui se base évidemment sur la IXème Symphonie de Beethoven et qui a une approche très helloweenienne dans le jeu des guitares. Une idée qui pourrait être sympathique, mais qui finit par faire ressortir une sensation de facilité : se laisser porter par un air célèbre pour un effet diablement catchy. Problème récurant : la ligne vocale de la chanson Fame galopait déjà sur le chanson titre en début d'album, chose qui aurait pu paraitre anodine si
Adagio n'en avait pas fait la reprise avec brio sur Dominate.
Et pourtant, on aurait envie de dire du bien de ce disque. c'est bien joué, Ben Sotto chante de mieux en mieux au fil des albums, les soli de guitare sont tout bonnement fabuleux. Mais voilà,
Heavenly est l'un des groupes vétéran d'une scène française en pleine mutation, qui de plus en plus impose son style hors des frontières et parfois,
Heavenly peine à être différencié d'un tribute band. Et ça fait mal d'écrire ça, ça fait mal de lire ça quand on a aimé les précédents albums, surtout un Virus qui proposait une dynamique des plus réjouissantes. On a envie de gueuler au gâchis.
Carpe Diem serait à bien regarder un bon album. Enfin, écouter. Mais à force d'écouter, ce disque devient rapidement le jeu de "devinez à qui on rend hommage" et ce n'est pas ce que l'on attend de
Heavenly, pas avec la réputation de ce groupe qui va encore prendre un sale coup après ça, n'en doutons pas. Hélas. Chronique sanction et note sanction, en espérant une véritable remise en question pour un groupe qui pourrait être dans le haut du tableau, sans problème.