Piet Sielck est assurément un professionnel de grand talent dont les extrêmes exigences offrent à ceux qui emploient ces services la garantie d’un travail rigoureux et irréprochable. Mais bien évidement cette rigueur a pour contrepartie embarrassante un dirigisme dont l’expression prend tout son sens dans la défense d’un
traditionalisme Heavy à l’allemande où la batterie se doit de marteler des doubles croches tel un métronome et où les guitares se doivent d’être à fond. Si on ne peut qu’applaudir le résultat au son d’un
Coming from the Sky très bien produit, très formaté, très germanique, on ne pourra que regretter le résultat artistique qui fait de cet album bien trop l’œuvre de Piet, et bien trop peu celle d’
Heavenly.
Si Ben Sotto avoue, aujourd’hui, ne rien regretter et avoir beaucoup appris de l’homme ; il admet cependant que ces aspirations propres étaient, à l’époque déjà, nettement plus mélodiques et orchestrales. Une hérésie que le plus pur conservatisme allemand ne peut que trop rarement concevoir. Une hérésie dans laquelle le groupe s’exprimera pourtant bien plus largement sur ce deuxième effort. D'emblée on y ressent, en effet, une volonté nettement plus marquée de développer une musique plus proche d’un Power mélodique européen, et de s’éloigner quelques peu de cet héritage Heavy germain bien trop pesant sur son premier essai. Soyons clairs, si cet album ne parvient à se délester que bien trop parcimonieusement de ces influences les plus évidentes, et qu’il n’arrive pas à en offrir une certaine moelle suffisante, ni même une vision révolutionnaire, il reste cependant bien supérieur à son prédécesseur. Développant une musique vive, envolée et véloce il s’inscrit comme le témoignage d’un éventuel plaisir enthousiasmant de par sa qualité et de par son potentiel, mais agaçant de par cette parenté aux inspirations bien trop voyantes.
Et, en effet, après l’accablement d’un interminable préambule instrumental dans lequel il n’est pas aisé de s’immerger totalement, démarre les envolés orchestrales d’un Destiny dont on reconnais sans peine l’héritage le plus nettement identifiable avec, notamment, des couplets rapides emprunté à
Helloween, et des refrains tant et tant entendu qu’il en devient presque impossible de dire où. Au jeu des mimétismes vocaux Ben offre à The world Will Be Better un passage introductif aux intonations similaires à ceux d’un André Matos, et à certains autres passage celles troublantes identique à celle d’un Timo
Kotipelto. Outre ces ressemblances particulières, il n’est pas rare d’entendre dans cette voix, et dans cette musique, celles d’autres mais aussi leur travaux, et notamment de Kai Hansen, ou les inflexions de
Michael Kiske, ou encore, par exemple, d’André Matos. Cette imitation nuit gravement à la qualité d’une œuvre qui peine donc, encore une fois, à nous satisfaire pleinement. Peu de titres s’en détachent véritablement, et nos ardeurs les plus insatiables se perdent invariablement dans les galops rapides de ces titres assez convenus. Ainsi Condemned to Die, Still Believe, Word of Change emportent avec eux, dans une fougue prompte, nos dernières espérances salutaires.
Et pourtant les différences évidentes entre un
Coming from the Sky bien trop sclérosé et ce
Sign of the Winner bien plus inspiré, ou plutôt, bien mieux inspiré, sont de nature à faire de ce dernier une œuvre presque acceptable. Certes impersonnel, mais presque acceptable.