Il demeure très complexe de prédire un quelconque destin culte à une œuvre dans son immédiate actualité contemporaine. Et ce d’autant plus que les facteurs qui peuvent influer à cette fortune sont précaires et, surtout, variables. Dans les tergiversations sans fin de ces débats polémiques enfumés, où chacun avance masqué de ces arguments les plus pertinents, certaines vérités ne sont donc pas unanimement saluées. Pourtant l’évidence avec laquelle elle s’imposent en faisant objectivement basculer l’histoire devrait faire loi.
Riot, fondé en 1975 par le guitariste Mark Reale, par le bassiste Phil Feit et par le batteur Peter Bitelli et bientôt rejoint par l’exceptionnel chanteur Guy Speranza, fut autrefois un groupe dévoué à un propos Heavy/Rock aux parfums, évidement, inspiré par ses années 70, encore si proche de lui. Après deux albums studio les new yorkais sortent, en 1981, Fire Down Under qui est son œuvre culte la plus admirable de cette époque. Concernant ce dernier, ce sincère cri du cœur, peut-être pas entièrement objectif, n’est démentis que par des notions aussi ineptes que la méconnaissance, l’inculture ou encore l’indifférence d’une foule obtus avide de nouveautés culturelles fades délaissant un savoureux passé enfuis. Cependant ma conviction profonde est qu’un jour ce Fire Down Under sera reconnue comme ce qu’il est, un indispensable objet de vénération mérité, dédiée à la NWOBHM.
Bien évidemment ce Heavy/Rock remuant, au son très inspiré par les seventies et aux riffs de guitares répétitifs, ne peut décemment pas séduire les plus réfractaires. Pourtant ces caractéristiques, conjugué à cette voix si singulière, si pleine de feeling, et à l’énergie si particulière ; confère à cette œuvre une atmosphère délicieusement étonnante.
Les titres de ce manifeste sont parfois vifs et enlevé, morceaux desquels on ne peut s’empêcher de penser que leur relative vélocité sera influente pour d’autres, (l’excellent Fire Down Under (dont le préambule ne sera pas sans nous évoquer le Flash Rockin' Man d'Accept et le Two Minutes to Midnight d'
Iron Maiden), ou encore Don't Bring Me Down, Run For Life), mais sont aussi de temps à autre moins rapides, voire plus lourds et lancinants, (les superbes Swords and Tequila et ses mélodies de guitares récurrentes admirablement grasses et grésillantes, Outlaw ou encore le pesant, et merveilleux, Feel The Same). Cette œuvre, dont il apparait délicat d’extraire un titre au détriment d’un autre tant l’excellence tangible qui règne dans cette unité y apparait cohérente, et dont chacun d’entre eux possèdent des qualités suffisantes et ce afin de propulser cette album au rang de mythe ; est encore sublimé par ces chants aux feelings extraordinaires. Le timbre instinctif mais aussi la conviction évidente de Guy Speranza agrémente, en effet, la musique spontanée de ces américains d’une urgence, d’une impression de danger supplémentaire mais aussi parfois d’une allégresse authentique. Véritablement instrument initiateur d’émotions, ce chanteur admirable octroie une profondeur sublimes à des titres qui, pourtant, n’en manquaient pas. Ce rare supplément d’âme, ainsi que ces nombreuses autres qualités, offrent à cette œuvre une dimension légendaire, selon moi, incontestable.
Dans les tréfonds ignorés d’un passé méconnu sommeillent des œuvres intemporels, incontournables et cultes sur lesquelles l’immonde oubli injuste jette son dévolu. Fire Down Under est assurément de celles là.