Souvenirs flous, un cor de brume résonne dans l'obscurité, avertissant les navires de la proximité du rivage. Le premier contact avec un groupe peut déterminer l'ensemble d'une relation. Quand on vit, quand on aime, quand on ressent la musique, le rapport est presque charnel. Une union qui se rapproche pour certain d'un sentiment amoureux ; certains y vont à l'excès, d'autres au contraire peuvent rester de marbre et ne pas comprendre l'émotion qui peut se dégager d'une oeuvre musicale (même si, ces dernières années, avec les progrès en matière de production, la profondeur s'efface au profit de l'efficacité). Le tout est de trouver un juste milieu, de savoir faire la part des choses. Et alors, la musique devient l'une des plus belles choses qui puissent arriver dans une existence.
Bruit de vague, sourd, comme venant d'un coquillage abandonné sur la plage par le ressac. Le premier contact fut presque décevant. Un concert où le son n'était pas à la hauteur et où
Sarah, la chanteuse, sortait tout juste de maladie. Les conditions n'étaient pas optimales. Et pourtant, il y a derrière la persévérance. Plutôt que d'en rester là, il y a cette envie d'aller au-delà des préjugés, des idées toutes faites.
Berceuse douce et agréable chantée par une mère aimante à son nouveau-né. Toujours laisser une seconde chance. Toujours. La surprise ne peut en être que meilleure.
Bel O Kan ne pouvait pas décevoir. Pas avec ce mélange entre l'expérience de l'âge et la fougue de la jeunesse. Pas quand cela fonctionne comme ici ; il y a beaucoup de naturel au détour de ce premier album, ne serait-ce qu'avec le son. La production sonne étrangement vintage. Certains avanceraient daté avec de la déception dans la voix. En fait, c'est "chaleureux" qui conviendrait le mieux. Le groupe ne sonne certes pas actuel, mais dans son approche live du son, il fait preuve d'authenticité, pour aboutir à un disque qui ne parait pas formaté.
Rire d'un enfant, cristallin et limpide dans l'immensité d'un chant.
Bel O Kan n'est pas un simple groupe à chanteuse comme il a été défini après l'avènement de
Nightwish. Même si l'ambiance délicate d'un
Utopia rappelle le travail des Finlandais sur l'intimiste
Angels Fall First, le reste tendrait plus vers un habile compromis entre la puissance d'un
Iron Maiden et la féminité d'un
Doro. On est loin du metal symphonique stéréotypé qu'on nous a servi durant des années : une chanteuse, un clavier qui fait turlututu, une guitare qui n'ose pas trop louvoyer dans les soli de peur de s'abimer.
Bel O Kan préfère l'efficacité des riffs à la construction basée sur une mélodie jouée au synthé, même si le travail de
Nico n'est pas à prendre à la légère. Ses interventions sont judicieuses, jamais envahissantes ; elles donnent même une coloration folk sur certains passages, comme pour l'intro du très "dansant"
Blowing The Wind. Sarah quant à elle ne cherche pas à imiter la Callas. Elle est secondée par
Marion sur les refrains et quelques autres passages, afin de lui donner plus de présence, de prestance. Du heavy metal soigné à chanteuse en quelque sorte.
Eclatement sonore d'un tronc d'arbre sous l'impact de la foudre. N'allons pas crier au génie non plus, il faut rester lucide et faire savoir à un groupe s'il est humble ou s'il se prend pour le calife à la place du calife. On ne peut pas franchement parler d'originalité dans la musique, on ne peut pas franchement être surpris par les mélodies, l'agencement de certaines compositions, même si on peut saluer et applaudir la bonne volonté qui est derrière, évidente. On peut aussi être excusé de perdre parfois le fil, de ne pas accrocher à tout même si on ne peut pas franchement parler de ventre creux. Il y a simplement des hauts, puis des bas, mais rien de bien catastrophique :
Birth Of A Queen est un album plaisant et qui sonne de façon naturelle. Point important.
Bruit des vagues, la mer est un éternel recommencement. Sans être explosif, exceptionnel ou parfait, cet album de
Bel O Kan a une façon de flatter l'oreille qui fait plaisir. C'est entraînant, simplement efficace, parfois carrément jouissif. Il faut parfois peu de chose pour être heureux et sans vouloir rabaisser le travail du groupe, ce disque met de bonne humeur et fait passer un excellent moment. On se met à aimer ce disque et on se surprend à souvent le ressortir, avec un regard doux, un sourire. Très bon premier album, qui
incite à revoir le groupe sur scène.