La France est une terre de contraste dont l'éclectisme musical ne lui aura jamais véritablement permis d'imposer un quelconque particularisme qui serait personnel, reconnaissable ou même référent. Voilà, en effet, quelques décennies que les musiciens de nos contrées hexagonales s'emploient dans toutes les mouvances sans jamais, ou si peu, parvenir à définir une exception culturelle immédiatement identifiable. Bien évidemment ce constat, sans doute sévère, ne tient en aucun cas compte du talent évident de certains de ces artistes. Néanmoins il faut admettre que si nos compatriotes s'expriment, avec plus ou moins de bonheurs, dans les sphères Heavy, Thrash ou encore Death Brutal, aucune estampille "à la française" ne peut décemment être adjointe à la pratique de ces différents exercices créatif permettant de définir les arcanes d'une scène distincte française.
Quoiqu'il en soit cessons les tergiversation superflus, et parlons donc de ce The Hellenic Terror, troisième album de
Kronos. Et pour revenir, peu ou prou, une dernière fois, au préambule de cette chronique, Jérôme "Grams" Grammaire et ses complices, nous proposent de découvrir ici l'expression de leur Death Brutal fortement influencé par le Death U.S. (
Morbid Angel...) mais aussi, dans une moindre mesure, par le Metal de la mort européen (
Vader,
Behemoth...)qui n'a rien de caractéristiquement français, mais qui s'affirme, principalement, comme une musique aux guitares incisives et violentes, aux chants variées (tantôt gutturaux, tantôt écorchés et criards) et aux rythmiques aux tempi essentiellement prestes. Concernant les influences les plus scandinaves du groupe, perçus sur leur précédente œuvre (Colossal
Titan Strife (2003)), il nous faudra dire qu'elles auront quasiment disparus avec le départ du guitariste Nicolas Temmar, amateur de ce genre, mais aussi par l'implication accrue dans l'écriture de ces nouveaux morceaux du guitariste Richard, davantage adeptes des contrées américaines,
Alors que dire de cette "terreur hellène"? Evoquons déjà son processus de création qui fut long et laborieux. Le périple de composition, déjà rendu difficile de par l'éloignement géographique des différents acteurs de cette formation les contraignant, de fait, à user de moyens de communications modernes, le fut plus encore par le choix d'enregistrer ce nouvel effort au Hertz Studio. L'endroit légendaire, dans lequel les frères Wieslawski s'employèrent à donner sons aux œuvres prestigieuses de
Decapitated,
Hate,
Vader ou encore Trauma, en dehors d'immenses qualités, a surtout le défaut de se situer en Pologne. Néanmoins, peu effrayé par l'ampleur du déplacement,
Kronos va donc débarquer sur ces terres polanes, désireux d'offrir, enfin, à sa musique déjà prometteuse, un son digne des plus illustres du genre.
Du propre aveux des membres du groupe, la tâche fut plus périlleuse encore alors qu'ils foulaient les terres polonaises. En effet, sans jamais avoir répété tous ensemble, ayant pris du retard sur l'écriture des titres sensés composé ce Hellenic Terror, handicapé par des défaillances techniques lors de leurs échanges au travers de ces moyens de communications modernes,
Kronos dut se contraindre à finir d'échafauder ses morceaux en studio et dut, aussi, avoir recours à l'improvisation. L'aspect incertain quant au résultat d'une telle démarche, est évident. Il faut donc être animé d'une insolente conviction concernant ces capacités, ou alors d'une folie douce pour avoir une telle audace. Toutefois, contre toute attente, The Hellenic Terror ne laisse ressentir aucun de ces désagréments tant il est compact, cohérent et implacable. Il faut donc saluer le talent de ces jeunes musiciens et louer l'excellence de titres tels que The Road Of Salvation, Bringer of Disorder, A Huge Cataclysm ou Divine Vengeance.
S'agissant des sujets abordés ici et de l'imagerie développée, mû par une volonté de se démarquer des thèmes récurrents du Death Metal, à l'instar de l'excellent
Nile et de son amour pour l'égyptologie,
Kronos va offrir à son Death Brutal, qui pourtant n'en avait pas vraiment besoin, une dimension historique en concentrant, quant à lui, ses textes sur la mythologie grec. Centaures, gorgones, cerbères et autres cyclopes font donc partis du bestiaire qui orne, et qui hante, les histoires racontées par
Kronos.
Avec ce troisième opus,
Kronos confirme donc de bien belle manière les vertus encourageantes qu'il avait démontré sur son Colossal
Titan Strife. Toujours encore enclin à défendre un Death Brutal désormais d'influence américano-européenne plutôt que scandinave, il nous propose un The Hellenic Terror qui lui permet; dès lors, de se positionner, au côté des
Benighted et autres Yyrkoon afin de prétendre, légitimement, à une place d'honneur tout à fait méritée.