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Chroniques :: Chronique de Peace Sells, But Who's Buying?

Chronique de Peace Sells, But Who's Buying?

Megadeth  - Peace Sells, But Who's Buying? (Album)

 9 
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Vilain petit Mustaine



Un an après avoir livré au monde un Killing Is Business... And Business Is Good emprunt de rage et à la production monstrueusement mauvaise, Megadeth revient, toujours avec la même équipe plus qu'improbable (Gar Samuelson est à la base un batteur de jazz rock, Chris Poland est fasciné par le jeu de Jeff Beck...) avec ce Peace Sells... But Who's Buying ? à la pochette marquant, mettant pour la première fois Vic Rattlehead, propulsé mascotte du groupe au même titre qu'un Eddie pour Iron Maiden, en scène, dans un décor post apocalyptique. Une illustration mémorable, où l'on découvre le siège de l'ONU ravagé, signée Edward J. Repka et qui reste à ce jour la jaquette de Megadeth la plus impressionnante par sa froide (!) détermination.

Si la production est toujours un peu faiblarde, on se rend tout de suite compte que c'est devenu nettement plus audible et que le groupe gagne en finesse. D'ailleurs Mustaine semble avoir mis un peu d'eau dans son vin (ce qui en soit, de façon pratique et concrète est sacrilège) et à l'instar de Metallica sur Ride The Lightning (ben tiens !), il navigue ici entre un thrash radical et une approche plus heavy metal de sa musique. Peace Sells est donc un album plus mélodique que son grand frère, ce qui n'est pas difficile en soit, mais toujours marqué par une certaine forme de radicalisme propre au Megadeth des premières années, à l'époque où le grand rouquin belliqueux vouait une haine farouche à ses anciens collègues de Metallica et qu'il forçait volontiers sur la bouteille et les substances illicites.

Ici, il ne faut pas forcément chercher les trames de morceau classiques. Le schéma couplet/refrain/couplet/refrain/solo/refrain semble ennuyer au plus haut point Mustaine qui truffe ses compositions de soli monstrueux, qui fusent, rapides comme l'éclair, pour briser la linéarité et donner un surcroit de puissance à des titres qui n'en manquent pas à la base. On peut être étonné par le fait que beaucoup de chansons se développent gentiment sur des mid tempos, bénéficiant de breaks assassins pour devenir alors des furies, où la vitesse s'allie à une envie d'en mettre plein la vue. Et si Dave ne chante toujours pas juste, on se rend compte que son timbre particulier, l'un des plus aigus et des plus facilement reconnaissable dans le domaine du thrash, fait des merveilles sur cet album, lui conférant un côté crade et malsain bienvenue (Peace Sells, chanson tubesque par excellence, qui prend des allures de brûlot grâce à ce chant si particulier car non maîtrisé).

Entre riffs cavalcade et morceaux mieux construit avec une véritable trame mélodique, Megadeth déploie ses ailes sombres et vient frapper un grand coup dans la fourmilière thrash en cette année 1986, dominée par les percées de Metallica avec Master Of Puppets et de Slayer avec Reign In Blood, deux skeuds propulsés au rang de classique malgré un format quelque peu monolithique là où Mustaine parvient à créer l'album le plus improbable qui soit, varié et constamment brisé par les différences d'écriture de morceau à morceau, avec tantôt des choeurs bourrins et efficaces, tantôt avec des constructions abracadabrantes mais qui fonctionnent très bien (Bad Omen et son accélération meurtrière et inattendue). Le groupe est touché par la grâce, chaque titre est un classique potentiel, comme le diptyque Good Mourning/Black Friday qui présente des qualités indéniables au niveau des transitions et de la rage véhiculée pour un final des plus dantesque, ou Wake Up Dead, véritable usine à soli dont on ne sort pas indemne.

Le seul point noir, le plus regrettable dans cet album qui aurait pu être quasiment parfait de bout en bout réside en cette reprise du I Ain't Superstitious du décidément incontournable Willie Dixon qui ne colle absolument pas à l'ensemble et où Mustaine montre malheureusement toutes ses limites en tant que chanteur (qui a dit : il l'a déjà fait avant ?). Mauvaise idée, mauvaise pioche, un autre titre original aurait pu faire de ce disque une des oeuvres ultimes, du genre de celles qui sont des références à travers les siècles, comme euh... La Lettre à Elise de Beethoven ou le Harvest de Neil Young.

Peace Sells... But Who's Buying est un album remarquable, né de bric et de broc et qui s'avère, à l'arrivée, extrêmement précis et inusable. Court et racé, il est un condensé de ce que Mustaine avait à proposer de mieux à cette époque, s'éloignant du thrash primaire des débuts en accentuant un côté heavy metal carré et efficace. Un véritable coup de tonnerre en cette année 1986 qui décidément, était vraiment très faste pour tout ce qui concernait le metal. Un coup de génie, qui sera très difficile à reproduire par la suite.

Peace Sells, But Who's Buying? Pas Megadeth en tout cas...



La hache de guerre contre Metallica n'est pas enterrée. Et ça s'entend. Megadeth est au sommet de sa hargne et de sa folie avec cet album, et paradoxalement, les structures des morceaux sont, pour la plupart, assez complexes et travaillées. Wake Up Dead en est l'exemple parfait : des riff un peu partout, des soli dans tous les sens, quelques lignes de chants par ci par la, quelques accélérations frénétiques et Thrash ici et hop, on a le premier morceau. Plus qu'à reproduire le même schéma avec autant de talent sur les autres morceaux, avec des constructions un peu plus classiques sur quelques morceaux histoire de garder un coté rentre dedans, et c'est bon, on a ce second opus de Megadeth.

Peace Sells, c'est ça. Un concentré de folie et de génie qu'on met dans une marmite, qu'on touille, et qu'on ressort pour faire un album. Ainsi, on obtient des morceaux parfois assez prog (de trois minutes, certes, mais la définition du prog c'est "aucune règle dans les structures" et c'est ce que fait Mustaine), parfois plus direct et rentre dedans, parfois plus fun ou encore parfois plus "Fuck Off And Die", dans la plus pure tradition Thrash Metal. Peace Sells, c'est aussi un album varié : Des parties acoustiques sur Good Mourning/Black Friday, des riff très Thrash au milieu de couplets plus "evil" et plus calme sur The Conjuring, des relents rebelles sur Peace Sells avec pourtant une certaine maturité d'écriture... Bref, on a une sorte de Very Best Of Thrash Metal de ce qui se fait le mieux dans le genre, que ce soit les structures de Metallica, les accélérations frénétiques d'Anthrax et parfois le coté Evil de Slayer, tout en gardant cette touche Mustaine inimitable, un soliste, Chris Poland, vraiment très talentueux, qui n'a pas à baisser les yeux devant Marty Friedman, et un batteur également très bon. Ellefson est impeccable, comme d'hab.

Le principal atout de ce Peace Sells est en fait le soin apporté à tous les niveaux, que ce soit sur les solis ou sur les rythmes. Rythmiquement, Megadeth réussi à allier le sauvage avec le coté militaire du Thrash sans tomber ni dans le brouillon, ni dans le plat, et solistiquement (on se comprends), on alterne les branlages de grattes ultra rapides et les montées mélodiques virtuoses. Et toujours avec autant de talent et de stimulant pour headbang.

Même si on pourrait reprocher un I Ain't Superstitious trop "fun" et surtout naïf, et une voix pas toujours super, les compos sont tellement énormes et novatrices qu'on peut qualifier tranquillement l'album de pièce incontournable du Thrash.

1986 par Megadeth, tout est dit.

Les Plus :

- Un concentré de folie
- Bourré de solis
- La rythmique énorme
- Inspiré et efficace, tout simplement

Les Moins :

- I Ain't Superstitious niaise.
- La voix de Mustaine parfois désagréable (notamment à la fin de Good Mourning/Black Friday).

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par Int, le 17 mai 2008
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Commentaires


Mon préféré du 'deth. Varié, puissant, malsain... Le côté brouillon de Killing est mis de côté même si ça reste grandement bordélique par moment, mais la qualité d'écriture est là et bien là.

Avec un batteur issu du jazz rock et un guitariste fan de Jeff Beck, Mustaine a réussi à faire l'un des piliers du thrash des années 80, un album référentiel du genre.

ven. 24 avril 09- 12:19  


Peace Sells, But Who's Buying? - Infos

Voir la discographie de Megadeth
Infos de Peace Sells, But Who's Buying?
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Sortie : novembre 1986
Genre : Thrash Metal
Label : Capitol
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Wake Up Dead (3:40)à écouter en premierlistenparoles de Wake Up Dead
2. The Conjuring (5:05)paroles de The Conjuring
3. Peace Sells (4:03)culte !culte !paroles de Peace Sells
4. Devil's Island (5:05)à écouter en premierparoles de Devil's Island
5. Good Mourning / Black Friday (6:40)paroles de Good Mourning / Black Friday
6. Bad Omen (4:06)paroles de Bad Omen
7. I Ain't Superstitious (2:45)paroles de I Ain't Superstitious
8. My Last Words (4:55)paroles de My Last Words
écouter : Ecouter l'album



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