Le départ de
Würzel parti faire de la musique électronique n'aura été qu'une formalité pour Lemmy et sa bande. Le fait que
Motörhead se retrouve sous la forme d'un power trio ne semble pas déplaire au légendaire chanteur/bassiste qui retrouve là la configuration qui correspond le mieux à l'esprit de son groupe, la forme qu'avait la formation lors des enregistrements des perles que sont
Overkill, Bomber ou
Ace Of Spades.
Affublé d'une pochette sans le monstre servant de mascotte au groupe, mais montrant simplement les musiciens dont un Lemmy qui s'est quelque peu rasé, cet Overnight Sensation sort un an après le très bon Sacrifice qui avait remis les pendules à l'heure, montrant un
Motörhead plus incisif et agressif. Et le combo semble déterminé à poursuivre dans cette voie, pour le plus grand bonheur des fans qui n'en demandaient pas tant.
Qu'est-ce qui différencie un excellent disque de
Motörhead d'un bon, voire d'un moyen ? Il est vrai que le groupe n'est pas connu pour se renouveler, à l'image d'un
AC/DC, au point où cela peut devenir scandaleux. Pourtant, quand un album est réussi, c'est que chaque titre vient nous titiller les oreilles de par son riff, de la façon dont il est amené, la plénitude du son, la base qui ronfle comme ce n'est pas permis, la batterie, derrière, solide, qui imprime le rythme sans hésitation, le chant de Lemmy qui prend directement aux tripes. Et à ce niveau, Overnight Sensation ne fait pas défaut. C'est un tourbillon sonore, lourd, inquiétant, un rouleau compresseur qui se pare d'un certain esprit rock'n'roll sur des compositions qui pourraient par moment passer pour du heavy metal tant elles sont compactes, puissantes, agressives. On passe allègrement du morceau rapide et même bourrin à quelque chose de plus posé, mais qui conserve la patte
Motörhead. Si l'on peut être étonné par quelques choeurs (
I Don't Believe A Word), par des passages mêlés de guitare acoustique (
Overnight Sensation,
Listen To Your Heart), on en peut que s'incliner devant la maîtrise des musiciens face à cet album.
Mikkey Dee est toujours critiquable dans son jeu plus heavy metal que rock'n'roll mais il convient d'admettre qu'il colle parfaitement à l'esprit de cet album, carré, sombre et efficace.
Phil Campbell n'est pas en reste et semble très bien se conformer à son statut de guitariste unique même si la plupart de ses soli sont plutôt simples et sans grand intérêt. Rythmiquement, il est l'homme de la situation, développant le style
Motörhead vers quelque chose de très compact, très rock. L'association des musiciens et de leurs capacités fait de disque ce qu'il est : une petite bombe lâchée dont on ne sait où et que l'on attendait pas.
Bien sûr,
Motörhead reste
Motörhead, il n'y a rien de bien neuf à l'horizon, la formation reste toujours overtypée, coincée dans un style qu'elle a ait sien des années plus tôt et qui lui sied très bien. Mais quand le groupe joue ainsi, qu'il est inspiré de la sorte, il peut déplacer des montagnes. Pour Campbell, c'est un juste retour des choses, lui qui est là depuis 1984 sans jamais avoir pu signer un album digne de devenir un classique. Overnight Sensation s'en charge. Il peut sans problème prétendre à ce statut car il est le seul album paru depuis Another Perfect Day (1983) à être aussi complet et aussi jouissif, sans titre venant malheureusement plomber l'ensemble, sans délire stérile ni bonne idée avortée. Lemmy et sa bande ont frappé un grand coup.
Overnight Sensation, ou le disque surprise, celui que l'on attendait pas, celui qui revient revitaliser une vielle machine et qui la relance pour encore quelques décennies. D'un niveau global excellent, cet album est le classique que les fans et la formation attendaient depuis trop longtemps, depuis Another Perfect Day, déjà mentionné plus haut et ce malgré le fait qu'il soit grandement contesté. Et il a fallut que
Motörhead retrouve sa formule de trio pour y arriver, la formule qui décidément lui convient le mieux. Un must have.