Accept, en 1989, c'est un groupe qui rêve de conquérir les USA comme tout bon groupe européen qui se respecte. On avait déjà vu que
Scorpions s'était cassé quelques dents à tenter l'aventure avec son Savage Amusment et que
Pretty Maids allait lui aussi se planter en beauté avec un Jump The Gun bien trop formaté. Est-ce que Accept allait réussir là où tous (ou presque) étaient destinés à se planter lamentablement ?
D'entrée de jeu, ça se présente mal. En effet,
Udo Dirkschneider s'en est allé après un Russian Roulette très moyen, mécontent de la direction plus "commerciale" que prenait le groupe. Le nabot aux couinements enragés a depuis fondé le groupe Udo et pond rapidement des albums dans la lignée du vieux Accept, celui aux balloches solidement arrimées. Son remplaçant s'appelle
David Reece, un illustre inconnu qui venait juste de prêter sa voix à l'album Firepower de
Dare Force. Un chanteur dans la lignée bien américaine, sur lequel plane l'ombre de
David Lee Roth. Les musiciens, eux, s'enferment en studio avec l'incontournable
Dieter Dierks et planchent sérieusement sur le nouveau son d'Accept.
Parce qu'il faut retourner en arrière. En Europe, Accept était considéré comme l'un des fers de lance du metal germanique, carré, précis, vindicatif et furieux. Une machine de guerre bien huilée qui avait une discographie intéressante, capable de rivaliser avec bien des ténors du genre (
Judas Priest en tête). Puis depuis le célèbre Metal Heart, la tendance a été à une certaine accalmie. Une façon de composer plus en phase avec les canons outre-Atlantique, ce qui rendra Dirkschneider furieux. Ce dernier parti,
Wolf Hoffmann et
Peter Baltes deviennent les seuls maîtres à bord et peuvent faire strictement ce qu'ils veulent, même si cela signifie plus ou moins flinguer une crédibilité déjà entachée...
Si pour vous Accept, c'est avant tout la voix reconnaissable entre mille de Dirkschneider, ce n'est pas certain que cet album vous accroche l'oreille. Si jamais ce sont les riffs marqués par une batterie plombée qui vous charme, encore une fois vous allez faire la grimace. Si vous êtes über open et que vous appréciez ce genre d'approche, vous allez prendre votre pied. Mais il ne faut pas perdre de vue que l'on parle d'Accept et que derrière ce nom, il y a une certaine idée du heavy metal que l'on ne retrouve pas forcément sur cet album. Comme pour
Saxon sur Rock The Nation.
D'ailleurs, ça ne commence pas si mal que ça.
X-T-C a une approche assez classique, efficace et met automatiquement l'eau à la bouche.
Generation Clash, juste à côté, poursuit dans la bonne humeur et une lourdeur bienvenue même si un speech ridicule vient en ternir la force, en plein milieu. Ce n'est pas la panacée non plus. la batterie est un peu faiblarde. On aurait préféré plus de patate de ce côté.
Puis ça se ralentit considérablement. Tout devient plus nuancé, trop nuancé même, avec des touches typiquement US dans l'agencement des refrains simples, destinés à bien tourner en tête. Il faudra d'ailleurs attendre
Hellhammer pour que ça reprenne de l'ampleur,. Un titre puissant, rapide, ponctué par un break excellent. La comparaison avec le mielleux
Prisoner à côté fait presque peur. On peut également noter la longue ballade
Mistreated, qui approche les dix minutes. on pourrait être impressionné par l'exercice de style, mais le rendu final est... plat. L'émotion ne vient pas. C'est trop formaté, trop dans l'optique "on fait une ballade pour bien cartonner"... et ça ne le fait pas.
Le disque se déchire entre une envie de contenter les anciens fans avec des morceaux puissants (comme
Break The Ice sur la fin) et celle d'en accueillir des nouveaux et de se faire adopter par les USA avec un style qui saura accrocher les radios (
Prisoner,
I Can't Believe In You...) et le mélange entre la force et l'esprit plus "commercial" passe assez mal. Et pour le coup, Accept peut décevoir.
Tel quel, Eat The Heat n'est pas un mauvais disque. Mais on peut légitimement être déçu par la direction prise par les teutons. Les plus déçus peuvent se rabattre sans danger sur les premiers opus de Udo. Sinon, autant prendre patience et espérer une reformation explosive...