Loin du bruit et de la fureur d’une scène en pleine mutation où les prémices extrêmes de ce qui fut, il y a peu encore, l’avènement d’une radicalisation incontestable, prémices qui prendront bientôt une ampleur de plus en plus importante,
Mr Big affirme avec certitude ses convictions au son d’une musique d’une simplicité déconcertante. Entendons-nous bien, lorsque j’évoque la simplicité de ce groupe, je ne mets aucunement en doute le talent de musiciens dont on sait qu’ils étaient, et sont sans doute encore, d’une technicité redoutable. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le travail incroyable d’un Pat Torpey et ce dès les premières notes de charley d’un "Addicted to That Rush", il suffit de se délecter de la magnificence d’un Paul Gilbert dont les soli et la subtilité de certaines interventions, d’une justesse formidable, soulignent intelligemment le chant, il suffit de se régaler des cavalcades adroites d’un Billy Sheehan dont l’habileté est indéniable. Et comment ne pas évoquer Eric Martin ? Comment ne pas parler de cette voix si chaude, aux fêlures fragiles touchantes ? Non, si je qualifie la musique de
Mr Big de « simple » c’est en parlant de cette état d’esprit qui animent nos musiciens et c’est surtout en comparaison à l’intellectualisme d’aujourd’hui dont le discours consiste à nous expliquer, avec le plus grand sérieux du monde, que l’empilement de toujours plus d’instruments en des phrasés toujours plus orchestraux et grandioses mettent en exergue, de façon évidente et formidable, l’émotion. L’œuvre complète de ces quatre new-yorkais dément avec une fermeté farouche cette idée. L’évidence de la force affective d’un quatuor épuré, batterie, guitare, basse et voix, ni plus, ni moins, constitue un des atouts majeurs de ce groupe. Le reste n’étant qu’affaire de talent.
Et du talent,
Mr Big en a assurément. Comment, en effet, rester sourd à celui-ci, au son de ce Hard Rock chaleureux ? Comment rester insensible à cette volupté délicieusement communicative ? Voilà des interrogations dont les réponses restent des plus mystérieuses car, me concernant, dès l’entame d’un "Addicted to That Rush" énergique au rythme soutenu, les aptitudes immenses de ces immenses musiciens me transportent immédiatement ailleurs. Un voyage délicieux vers un plaisir infaillible. Partant de cette constatation, est-il réellement nécessaire d’insister encore sur l’efficience, sur la justesse, sur les dons de chacun de ces hommes, et surtout de la manière dont chacun prend subtilement part à l’œuvre, soulignant brillamment le travail de l’autre ? Est-il encore réellement nécessaire de le faire alors que des titres aussi bons qu’un "Wind Me up", qu’un "Merciless", qu’un "Blame It on My Mouth" viennent témoigner de manière incontestable de cette indéniable excellence ? Evidemment non.
La reprise de "30 Days in the Hole" de Humble Pie, enregistrée Live, scelle définitivement cette plénitude jubilatoire contagieuse, qui est la nôtre depuis les premières notes de cet album éponyme.
On ne peut décemment pas évoquer
Mr Big sans parler de ces titres les plus intimistes, de ces ballades où la voix chaude et délicate d’Eric, tutoyant une grâce presque irréelle, nous mène en des contrées où les émotions qui nous étreignent, qui nous bousculent, qui nous transpercent, nous montrent à quelle point nous sommes vivants. En effet l’ensorcelant "Had Enough" qui nous entraîne dans des cheminements émotifs forts, et ce avec ses couplets épurés aux instruments doux et discrets, aux voix profondes et attristés, avant que dans un crescendo n’arrive un refrain salutaire et poignant qui nous soulage, mais aussi le plus classique "Anything for You", sont l’expression la plus remarquable de ces dons qu’ont ces quatre américains pour l’émotion.
Cet album éponyme de
Mr Big est donc un album admirablement réussi, admirablement intemporel, admirablement incontournable, admirablement riche en émotions. Une œuvre dont les immenses qualités inscrivent d’emblée nos cinq américains dans l’histoire du Hard Rock.
Indispensable, évidemment.