Il existe une communauté très pugnace à l’encontre du Black Metal. Elle symbolise ce mouvement, ordinairement de manière très simpliste, en érigeant, souvent à force de préjugés ineptes, une vérité absolue à laquelle tous les adeptes de cette scène devraient obligatoirement s’identifier. Réduit à cette caricature élitiste de conformiste défendant, avec honneur, la tradition originelle d’un art noir non pervertis par les impures sonorités, par les ignominieuses mélodies, par les immondes métissages créatifs, il n’est pas rare, à ce jour encore, que certains imaginent ces adorateurs de Satan par des nuits de pleine lune, dans les profondeurs de la sylve, prêt à sacrifier vierge, volatiles et tous ce qui pourra tomber sous sa lame. Ridicule.
La scène Black Metal, de tout temps, aura su se diversifier, s’enrichir, grandir et mûrir. Stigmatiser et simplifier ce mouvement à sa tendance la plus dure, et la plus minimaliste, est aussi sot qu’inexacte. L’évolution symphonique de cette pratique artistique la plus obscure qui soit, est l’expression le plus évident de ce démenti.
Historiquement il convient, en effet, de rappeler pour les plus ignorants, ou pour les plus jeunes, que le Black Metal dit symphonique, ou orchestrale, prend sa source, dans les travaux d’
Emperor, et notamment de l’excellent
In The Nightside Eclipse (1994). Loin de constituer une œuvre anecdotique, ce disque, engendrera une tendance forte. De cette nouvelle mouvance, dont les plus traditionalistes penseront qu’elle souille honteusement la pureté originelle d’un Black ancestral, naitra une scission définitive au sein de cette scène. S’éveillant dans ce nouvel univers, avec plus ou moins de sincérité et d’intégrité, peu sauront réellement, et effectivement, trouver cet équilibre essentiel où se confrontent, avec un sombre bonheur malsain, la grandeur orchestral grandiloquente de ces symphonies et la bassesse archaïque de ce cri primal haineux qu’est le Black Metal. Souvent au détriment de cette noirceur, les mélodies de piano, synthé, d’orchestrations couramment ineptes et adjoint comme un « joli » ajout, envahissent les tréfonds d’abysses qui semblaient pourtant, par définition, impénétrables. De cette fange hideuse s’extrait, néanmoins, quelques germes obscurs d’une magnifique promesse. Parmi ceux là,
Limbonic Art et son
Moon In The Scorpio.
Autour de mélodies composés, enfin, comme une partie intégrante et essentielle de cette musique, et non comme un supplément esthétique, le groupe nous ouvre les yeux sur cette fresque céleste qui nous emporte en un tourbillon de saveurs exquises. Usant de manière subtile de divers éléments, Daemon et Morpheus élabore une effigie ambitieuse. Si certain défauts en ternissent, évidement, quelque peu les teintes, notamment ce grain sonore un peu cru et primitif, inhérent aux productions plus traditionnelles qu’il sublime parfois en soulignant davantage encore cet aspect crasseux et venimeux, mais qui sied si mal aux couleurs plus "symphoniques", ou encore ce mixage où les guitares prennent trop peu d’envergure sous la voute artistique de ces cieux insolites, l’évocation en reste cependant délectable. Alternant adroitement sonates, à la musicalité jamais incohérente, où l’esprit vagabonde dans un tourment juste inquiétant, et véhémence recherché, où nos âmes torturés se troublent,
Limbonic Art nous fait voyager dans une galaxie étrange et pénétrante. Un bouleversement excellemment sublimé par la présence de ces sublimes voix aiguës écorchées.
Véritable pièce maitresse du Black Metal symphonique, ce
Moon In The Scorpio est une œuvre noir grandiose. Un ouvrage culte, indispensable à la compréhension actuelle des diverses évolutions du genre.