Countdown To Extinction peut être considéré de plusieurs façons. Soit comme un album de heavy metal charnière dans la carrière de
Megadeth, soit une tentative de faire comme
Metallica avec l'album éponyme. Chacun se fera son avis et chacun appréciera de façon différente Coutdown. Deux ans après,
Megadeth revient avec ce Youthanasia à la pochette fort originale, présentant une femme faisant sécher des bébés sur une corde à linge. Peut-être bien la jaquette la plus réussie pour le groupe, celle dont tout le monde se souvient en tout cas.
Mais une chose est certaine, Youthanasia n'est pas la suite logique de son grand frère. En effet, Countdown To Extinction, bien qu'ayant pris un virage heavy metal, demeurait néanmoins agressif, ce qui n'est pas franchement le cas ici. Limite, on pourrait dire que l'on a affaire à un
Megadeth plan-plan, qui y va à son rythme, sans trop forcer. A la première écoute, le résultat peut être décevant, on peut établir une liste de griefs impressionnante. Les riffs tournent vite en rond par exemple, comme une grande panne d'inspiration.
Dave Mustaine semble dépourvu de la moindre haine. Il propose le chant le plus posé depuis les débuts du groupe et même s'il n'est pas parfait (le sera-t-il un jour ?), on peut dire qu'il y a du mieux par rapport à certaines de ses prestations passées. En plus, toutes les compositions ou presque semblent calibrées du point de vue de leur durée, ce qui donne l'impression d'entendre un album formaté pour la radio. Et venant de
Megadeth, ça fait mal...
Mais (parce qu'il peut y avoir plusieurs mais pour introduire des paragraphes, ne soyons pas des fétichistes de la syntaxe !), Youthanasia dispose de ressources insoupçonnées. L'album se révèle rapidement addictif dans sa forme. Evidemment, on peut parler de virage commercial, insulte ultime dans le monde du metal. Cependant, comment nier que les titres qui composent ce disque n'ont pas un je ne sais quoi d'accrocheur, dans leurs mélodies ou dans cette façon de riffer ? Mustaine est un guitariste qui a le sens du riff et le heavy metal lui permet de proposer quelque chose d'à la fois mélodique et rêche sans trop y paraître. De ce point de vue, il a réussi son pari. Youthanasia tient bien la route, il est très homogène, avec des parties plus osées qui font toute la différence. Quand on se heurte à un morceau comme
Blood Of Heroes, difficile de ne pas être surpris par toute la présence mélodique dont est capable le groupe, pour un rendu au final épique, avec un refrain fédérateur. Evidemment,
A Tout le Monde aurait été un exemple bien plus parlant. Mustaine, se souvenant de racines françaises et aimant particulièrement la France, a voulu faire un clin d'oeil et l'entendre s'exprimer approximativement dans la langue de Molière est bien entendu fort sympathique pour tous les francophones, mais là, cela reste une exception culturelle et devient du coup l'argument facile servi à toute les sauces, autant la laisser de côté pour se concentrer sur le reste.
Des qualités, ce disque en a. Ne serait-ce que dans les soli, courts et peu bavards. Leur concision permet aux morceaux d'être plus compacts et de gagner en efficacité. Evoluant entre trois et quatre minutes principalement, ils n'offrent certes pas beaucoup de contraste, mais ils permettent de constituer une espèce de force de frappe qui fait mouche. Très homogène, Youthanasia se développe de façon précise, sans laisser de place au hasard. Un point fort comme un point faible car l'auditeur ne sera pas surpris, mais il assimilera bien plus vite les chansons et la facilité de certains refrains les rendent aisément mémorisable. On notera également les deux pièces les plus énergiques,
Reckoning Day et
Victory. La première se distingue par une rythmique puissante, presque martiale, qui donne un punch à l'ensemble, une puissance non négligeable. Le riff fait le reste, allié à la qualité d'écriture. La seconde est plus particulière, vu qu'elle est taillée à la gloire de Mustaine. On est jamais mieux servi que par soi-même après tout ! Ce morceau regroupe quelques titres de ses chansons les plus célèbres, comme un récapitulatif de neuf années passées entre les studios et la route et s'ouvre sur un style plus radical, limite thrash par moment, pour un final plus apocalyptique que le reste, comme une promesse de revenir à un style plus féroce.
Youthanasia est un disque particulier. Il n'est certainement pas le meilleur de
Megadeth, mais il a un fort capital sympathie, surtout pour les Français. Il représente aussi pour une large proportion des fans le dernier grand album sur lequel évolue
Dave Mustaine, avant le lent déclin amorcé sur Cryptic Writings. Youthanasia n'est pas une énigme, il est un parti pris d'un groupe qui voulait s'imposer de façon définitive. Ce fut le cas et c'est tant mieux pour une formation méritante, avec un Mustaine ayant mis pas mal d'eau dans son vin, une fois de plus. Marié à Rust In Peace, il forme la base idéale pour entrer dans
Megadeth.