S'il y a un album dans la discographie de
Judas Priest dont les fans ne veulent pas se souvenir, c'est bien ce Demolition. Même si le Priest a fait bien pire dans le passé, cet opus est le mal-aimé, celui qui n'aurait pas du voir le jour ou peut-être avec
Rob Halford derrière le micro. Peut-être serait-il mieux passé en effet. Il n'empêche, les fans de Judas Priest peuvent remercier
Ripper Owens, lui qui avait pu redonner l'espoir à une armée de fans en détresses face au possible split d'un des géants du heavy metal.
Jugulator avait fait grincer des dents avec une formule très rentre-dedans et viscéralement moderne (pour certains, c'est un gros mot), le
'98 Live Meltdown n'aura pas connu le succès mérité malgré des versions monstrueuses d'anciens morceaux. Certes, Ripper n'est pas un super frontman, mais sa maîtrise vocale était et reste époustouflante, ce qui le différencie d'un simple clone. Maintenant, imaginez si Halford avait poussé la chansonnette sur ces disques, le constat ne serait certainement pas aussi amer.
Glenn Tipton, intronisé leader du groupe, aura beau vanter les mérites d'Owens, ce dernier aura beau impressionner par sa technique vocale (une tessiture légèrement plus grave que Rob Halford qui convient à merveille aux galettes auxquelles il participe) et par sa culture priestienne (ce mec est avant tout un fan), rien n'y fera, les fans continueront de réclamer le retour d'Halford. Pourtant, le groupe sort ce Demolition en plein été 2001? Ce qui frappe tout de suite, c'est la pochette, moche, qui semble avoir été dessinée par un gamin de cinq ans (super doué le gamin, mais bon). Ensuite, quand on s'attarde à lire le livret, on constate que les paroles ne volent pas forcément très haut, mais que Ripper n'a pas participé à l'écriture du skeud, et que Glenn Tipton est omniprésent, à la plume, l'interprétation, derrière les manettes.. Même si
Chris Tsangarides est mentionné à la composition, il ne s'occupera pas de la production de ce disque.
Et quand on met le disque dans la platine, la claque est quasi instantanée.
Machine Man est un titre rapide, lourd et résolument rentre-dedans. On constate tout de suite que le chant ne vire pas dans les aigus à tout bout de chant. Ce sera d'ailleurs une constante sur ce disque. Et plutôt que de camper sur ses positions en sortant un disque comme Jugulator, Judas Priest évolue encore, fidèle à sa volonté de ne jamais vouloir sortir le même disque. Celui-ci est résolument mid-tempo, bâti autour de titres lourds, aux mélodies simples, vindicatives (
Devil Digger,
One On One) ou plus nuancés dans le propos (l'harmonieux
Hell Is Home sur lequel Owens livre une prestation remarquable).
Le groupe propose également deux ballades, l'étrange
Close To You aux sonorités synthétiques, un compromis entre un classicisme honnête et une facette plus moderne revendiquée, ainsi que la plus simple
Lost And Found où la guitare acoustique mène le bal. La voix de Ripper Owens se fait velours, même si l'on devine qu'il n'est pas forcément très à l'aise dans ce registre. Peut-être les morceaux où son chant manque le plus de conviction, mais il ne gâche pas l'ensemble pour autant.
Judas Priest achèvera ce disque sur le puissant
Cyberface aux paroles d'actualité et sans fard, ainsi que (et surtout) par le sublime
Metal Messiah qui aurait pu devenir un classique des Anglais si le destin en avait voulu autrement. Riff saccadé, rythmique lourde, basse très présente, chant étrange et troublant... Le morceau est un petit bijou du genre, souvent injustement recalé au rang d'hérésie par certains fans...
Demolition n'est pas un disque quelconque. Complet, varié, nuancé, il aurait pu imposer Tim Owens comme un chanteur d'exception tant son registre vocal est varié et très bien exploité ici (rarement le chant aura été aussi brutal), résolument en phase avec son époque. L'effort d'un groupe qui refusait de stagner et qui ne voulait pas se parer d'un son old school. Un disque qui aurait pu devenir un véritable classique pour Judas Priest, mais toutes les conditions n'y étaient pas : trop long, avec quelques titres plus dispensables et surtout, l'absence de Rob Halford qui est rédhibitoire pour le die hard fan. A découvrir ou à redécouvrir d'urgence.