Adepte de conformisme exacerbé dicté par les poncifs obligatoires de genre défendus, parfois, par des musiciens aux esprits étriqués ; partisan de ces paysages uniformes où la désolation de ces scènes sans imagination cultive, à l’infini et avec une certaine fierté imbécile, la similitude artistique, mais pas nécessairement le talent, de certain de ces acteurs les plus influents ; défenseurs du pourpre qui ne doit être que pourpre, de l’azur qui ne peut être autrement qu’azur, du Death Metal qui ne peut s’ouvrir à d’autres sensations en dehors de ce triptyque sacré : growls/blast/brutalité, du Black à la pureté originel sans tâche, du Power Metal aux doubles-croches martelées inlassablement et sans finesse aucune, jusqu’à l’abrutissement, par une double grosse-caisse coupable, passes ton chemin. Va-t-en et ne te retourne pas.
Car cette œuvre, véritable fenêtre ouverte sur une vision onirique étrange mais d’une beauté pénétrante, peut en effet s’avérer des plus complexe, dès lors que l’auditeur se sera départit du minimum de virginité nécessaire et méritoire à certaines écoutes. Assurément ce Phrases est un périple incroyable dans un univers vaste et riche, définissant de manière aussi précise que possible divers sentiments contradictoires délectables. Dans une expression, certes, moins ambitieuses que d’autres, l’énigmatique m.Kekchoz compose, usant d’éléments pourtant très paradoxaux et très hétéroclites, un tableau d’une déconcertante cohérence, d’une déconcertante simplicité, d’une déconcertante évidence (se moquant bien, au passage, de toutes les conventions admises). Mêlant, effectivement, subtilement dans une œuvre envoutante des voix tantôt Death, tantôt Black, des atmosphères parfois violentes et parfois très atmosphériques, des pianos éthérés, aériens, délicieux et des riffs, des rythmes, plus virulents, des sonorités synthétiques très froides, très éléctro à la chaleur d’autres plus organiques ; il réussit à bousculer nos sentiments qui déambule si naturellement de la mélancolie à la beauté, de la profondeur à l’inquiétude, de la lumière à l’ombre. A la fois soudain et évidents, ses changements s’intègrent parfaitement dans un cheminement exquis, ou le maître de cérémonie joue quasiment avec nos sens.
Véritablement personnelle, cette expérience unique, cet entrechoquement artistique fracassant, reste presque quasiment indéfinissable. A peine croit-on pouvoir tenter d’en ébaucher les contours, dans une esquisse, forcément incomplète, peinte par le ressentis profond qu’elle nous inspire, que la musique, l’artiste et l’œuvre, en changent les couleurs, les
textures, les formes, les matières, nous égarant toujours davantage. Cette divagation émotionnelle est juste un plaisir étonnamment intense.
Au final ce Phrases de
Psygnosis est un album unique, une digression dont ne sortiront pas indemnes ceux qui accepteront sans préjugés de se laisser submerger par le ressentis que peut provoquer ce genre d’œuvre, et jamais le qualificatif d’expérimental, dont est affublé les mélodies sortis de l’esprit retord de ce jeune compositeur, n’aura été employé à si bon escient.