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Chroniques :: Chronique de Jugulator

Chronique de Jugulator

Judas Priest  - Jugulator (Album)

Jugulaire manquée : la victime survie



Il s'en serait écoulé du temps entre le départ de Rob Halford et ce Jugulator inespéré. Sept longues années séparent Painkiller de cet album, sept années où le paysage musical a fortement évolué, passant de la mode du grunge au neo metal, sans oublier toute la vague menée par Machine Head, Pantera et autres Nevermore, des contours plus brutaux que ce qui se faisait en 1997. Bien sûr, il y a eu Metal Works qui fournissait une belle rétrospective de la carrière de Judas Priest, un brin prévisible peut-être, mais qui contenait presque l'essentiel pour ceux qui ne s'intéressaient pas plus que cela à la formation de Birmingham. Les rumeurs ont fusé, bien sûr. On parlait beaucoup de Ralf Scheepers, chanteur allemand alors en place avec Gamma Ray. Il était en pôle position et son rêve s'est écroulé quand le groupe a annoncé avoir embauché Tim "Ripper" Owens, un illustre inconnu qui officiait dans un cover band à Judas Priest. Autant dire que pour beaucoup, ça a été une douche glacée.

Judas Priest présente son nouveau chanteur à la presse alors que Century Media sortait une série de tribute albums au Priest et bien vite, on pouvait déceler une espèce d'arrogance chez le jeune Ripper. Rien de bien méchant, mettons-nous à sa place, on aurait peut-être même fait pire. Restait à l'homme de confirmer les choix des pères Tipton et Downing et là, ça allait se faire sur Jugulator, un disque à la pochette ridicule. Pourquoi avoir mis une espèce d'agrandissement pixelisé de la bestiole qui couvre le fond du boîtier sur la pochette ? Comme si le groupe cherchait d'emblée un prétexte pour se faire taper dessus (à l'instar de Iron Maiden dont la pochette du X Factor a longtemps été sujet à caution).

Et musicalement, l'opus divisera les fans en trois clans assez distincts : ceux pour qui Judas Priest sans Rob Halford n'est pas Judas Priest, ceux qui sont déçus par l'effort studio et ceux qui accrochent. Ne rentrent pas en ligne de compte les nouveaux aficionados qui découvrent la formation avec ce skeud. Le problème de Judas Priest est simple : depuis 1986 et Turbo, le groupe essaye de coller musicalement avec son temps, ce qui a valu des albums très différents les uns des autres, voire complètement hétérogènes (Ram It Down), le groupe ne sachant pas où aller, jusqu'à l'explosion de violence qu'a été Painkiller, inspiré par ce que faisaient des groupes modernes, apportant un mordant que l'on avait plus entendu depuis Defenders Of The Faith (1984). Là, encore une fois, ce disque prend cette ligne de conduite. Il n'est pas difficile de comprendre que le père Tipton a longuement écouté et étudié la musique des Machine Head et autres Pantera pour durcir son jeu.

Nous avons donc droit à une série de mid tempos parfois sévèrement plombés. La lourdeur des riffs pourrait être impressionnante pour un album du Priest, même en 1997, même après Painkiller. Ce qui différencie ces deux opus, c'est la vélocité de l'aîné. Jugulator ne joue pas sur la vitesse, à part sur quelques passages ou soli. Son but est tout simplement d'être un rouleau compresseur, ce qui explique également la frappe métronomique de Scott Travis derrière les fûts, qui livre une prestation brutale et souvent dénuée de feeling, ce qui nuit parfois à la qualité des morceaux : on pourrait croire que ce type est une machine qui appuie sur la double sans sourciller.

Difficile aussi de ne pas être sceptique face à un Painkiller bis. Le groupe ne se réinvente pas vraiment, il applique des formules qui ont fait son succès et qui ont fait le succès de jeunes loups aux dents longues. Ainsi, les tueries que son Death Row, Burn In Hell ou Bullet Train passent admirablement bien la route, même si l'on peut reprocher des refrains un peu faciles, ce qui sera une tendance tout au long de ce disque, on peut rester de marbre face à d'autres compositions qui n'apportent pas fgrand chose à l'édifice, comme Cathedral Spires, trop longue, trop répétitive, ou Decapitate qui se ballade comme un pustule au milieu de la figure. des titres qui pêchent par excès de confiance.

Et le Ripper alors ? C'est là que ça devient intéressant. Référons-nous encore une fois au cas Iron Maiden et Blaze Bailey : un chanteur différent de Bruce Dickinson, en tout point, que ce soit la voix ou le style. Judas Priest, lui a fait le pari du clone, ou presque. Si on ferme les yeux, qu'on se laisse aller, on pourrait facilement se laisser tromper (c'est plus flagrant encore en live), même si Tim Owens montre de meilleures choses sur les voix graves. Il remplie parfaitement son rôle, au point où l'on peut se demander si finalement Scheepers n'aurait pas été un meilleur choix, quelqu'un qui aurait pu amener de la diversité dans le jeu du Priest. C'est une question libre, chacun peut penser ce qu'il veut. Owens s'en sort bien, sans pour autant porter tout le disque sur ses épaules, il a fait le travail qu'on lui demandait, point barre et il l'a bien fait.

Bref, Judas Priest signe son retour, mais un retour en demi-teinte en définitive. Sept ans d'attente, ça alimente les fantasmes et il n'est pas certain que dans l'esprit des fans, le fantasme ait pris cette forme. Néanmoins, Jugulator reste un bon disque. Pas exceptionnel. Mais de quoi passer un bon moment de heavy metal parfois un peu bourrin, mais indiscutablement en phase avec son époque. Le Priest n'a pas abdiqué, loin de là et sans être un beau phœnix, il a su renaître de ses cendres. Oui mais, pour combien de temps ?

 8 
10

The Priest is back



1992: Rob Halford quitte Judas Priest avec pertes et fracas et s'en va continuer sa carrière avec son nouveau joujou, Fight. Du côté du Priest, c'est la douche froide; imaginez, remplacer l'auto-proclamé Metal God! Le groupe entre alors dans une période de silence, bien que quelques noms surgissent à l'occasion concernant le nouveau chanteur (en particulier Ralf Sheepers, ex-Gamma Ray).
1997: Judas Priest est fière de vous présenter son nouveau chanteur (roulements de tambour)....Tim Owens! Qui ça? Tim Owens, j'ai dit, déjà surnommé The Ripper. Bon, c'est sûr, Tim Owens, personne ne le connait. Et pour cause, auparavant, il chantait dans un groupe de reprises du Priest. Et le voilà promu fakir à la place du fakir.

Le bougre fait donc ses débuts sur Jugulator. Mais qu'en est-il de Jugulator, au fait? Puisqu'il me semble qu'on est là pour parler de ça.
Cet album sort donc en 1997, soit 7 ans après Painkiller, dernier album en date du groupe. Durant ces quelques années de silence, la scène métal a bien évoluée: de nouveaux groupes ont fait leur apparition et ont d'emblée tenu le haut du pavé (Machine Head,...), d'autres, un peu plus anciens, ont atteint un niveau de consécration très important (Sepultura,...). Judas Priest, pour être crédible au milieu de tous ces groupes, n'avait pas le choix; il devait évoluer, vivre avec son temps. Et c'est ce qu'il a fait avec Jugulator. L'album débute sur le title-track qui, après une intro sombre et inquiétante, nous montre le nouveau visage du groupe: la rythmique est ultra-lourde, les guitares sont plus saturées que jamais. Et les solos de guitares, marque de fabrique du groupe, n'ont plus rien à voir avec le passé; les guitares crient, hurlent, on penserait presque à des solos de Sepultura, par moment (en plus travaillés, quand même, n'exagérons pas). Et il en est ainsi pour l'ensemble du disque. Des chansons lourdes (Blood stained), des atmosphères inquiétantes (Burn in hell), des tempos rapides (Bullet train). Ici, on ne parle plus simplement de heavy classique, on est proche du power métal ou du thrash métal. Une chanson se détache clairement du reste de l'album, c'est la dernière, Cathedral Spires, qui s'étend sur plus de 9 minutes. Cette chanson est plus mélodieuse que le reste du disque, elle monte doucement (on peut penser à Beyond the realms of death pour la structure et le coté triste), les changements de rythme s'enchainent. Cette chanson fait un peu le pont entre le passé du groupe et le présent.

Et Tim Owens, dans tout ça? Et bien là, c'est la claque. Sa voix est différente de celle d'Halford, mais il monte dans les aigues sans problème et son registre dans les graves est plus étendu que celui de son prédécesseur. On peut lui reprocher d'avoir un timbre et un style vocal moins mélodieux, mais ces critiques sont vraies pour l'ensemble de Jugulator. Le Priest a déniché la perle rare: celui qui réussi à remplacer Halford sans le copier. Iron Maiden a trouvé un remplaçant à Dickinson en 4 mois; Judas Priest, en 4 ans. Parfois, il faut savoir prendre son temps...

Avec Jugulator, Judas Priest reprend la place qui était la sienne en sortant un album aux sonorités actuelles (en 1997). Ils prouvent qu'ils sont ouverts à ce qu'il se passe dans le monde du métal. Ils ont réussi à proposer un album moderne tout en gardant des éléments essentiels qui font que Judas Priest est Judas Priest. Le groupe peut regarder droit dans les yeux les Machine Head et autres Sepulturasans avoir honte. Au contraire, qu'ils se prosternent devant les Dieux du Métal, car leur Maître à tous est de retour.
L'un des albums les plus important pour la carrière du groupe. L'un des plus beau come-back de l'histoire du métal.

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par Ronnie, le 18 juin 2008
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Commentaires


Pas tout à fait d'accord. Le groupe n'avance pas beaucoup et propose ici une espèce de Painkiller bis sans la fluidité. Owens est impérial, on ferme les yeux et on pourrait croire que Rob est toujours là, même si on note quelques petites différences. Un disque sans trop de surprises, un peu poussif par moment (le long, trop long Cathedral Spires). 7/10
mer. 18 juin 08- 11:16  

Jugulator - Infos

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Infos de Jugulator
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Sortie : 28 octobre 1997
Genre : Heavy Metal
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Jugulator (5:50)paroles de Jugulator
2. Blood Stained (5:26)paroles de Blood Stained
3. Dead Meat (4:44)paroles de Dead Meat
4. Death Row (5:04)paroles de Death Row
5. Decapitate (4:39)paroles de Decapitate
6. Burn In Hell (6:42)à écouter en premierparoles de Burn In Hell
7. Brain Dead (5:24)paroles de Brain Dead
8. Abductors (5:49)paroles de Abductors
9. Bullet Train (5:11)paroles de Bullet Train
10. Cathedral Spires (9:12)à écouter en premierparoles de Cathedral Spires
écouter : Ecouter l'album



Judas Priest

Judas Priest
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