Judas Priest aura souvent eu une carrière en dents de scie. Entre une gloire tardive et un déclin de forme au milieu des années 80, le groupe semblait bon pour le pré-retraite, au mieux. Ram It Down s'avérait bien trop bancale pour rivaliser avec la jeune garde qui apportait plus de vitesse ou de percussion dans la forme et le fond et rien ne prédisposait la formation de Birmingham à augmenter son niveau de jeu. Et pourtant, une chose qui paraissait impossible aux haruspices de tout poil allait avoir lieu :
JUdas Priest alait retrouver une nouvelle jeunesse.
Cela commence par l'éviction de
Dave Holland, qui ne pouvait plus suivre le rythme et par l'enrôlement de l'ex Racer X
Scott Travis pour reprendre sa place derrière les fûts. Et pour le coup, si ce batteur n'a pas la subtilité de jeu de
Les Binks, il apporte une force de frappe non négligeable, même s'il se montre souvent bien trop mécanique, comme s'il était un métronome humain. Cela se traduit par
Painkiller, qui ouvre les hostilités sur une séance de matraquage qui restera dans les annales. Et surtout, le reste est à l'avenant. Jamais
Judas Priest n'aura été aussi tranchant dans ses riffs. Pour peu, cet album usurperait facilement son titre à British Steel, sorti dix ans plus tôt. Le groupe officie dans une veine plus brutale, tout en restant du heavy metal et mélodique. Les duels de guitare sont nombreux, vertigineux. Les deux six-cordistes se livrent à une lutte acharnée, à celui qui ferait plier l'autre. Personne ne peut gagner, c'est le
status quo à chaque fois, sauf pour l'auditeur qui déguste franchement. Rob
Halford n'est pas en reste. Son chant atteint une agressivité rare, il est à peine reconnaissable. Il monte dans les aigus, mais sans garder sa tessiture habituelle ; parfois, il donne l'impression d'être un écorché qui hurle sa rage, et le résultat est des plus probants.
Heureusement,
Judas Priest ne reste pas le pied au plancher tout du long. Il aurait été devenu lassant à la langue de ne déguster que des décharges d'adrénaline. Surtout pour les vieux fans pour qui certains encore aujourd'hui Painkiller reste un album bancal. Si l'on se penche sur leur point de vue, ils n'ont pas franchement tort. Après tout, le Priest s'est grandement inspiré de ce qui a été fait de neuf, le thrash, le speed mélodique (comme on appelait ça à l'époque...), l'avènement de
Pantera... Tout cela a contribué à la résurrection d 'une formation que l'on croyait perdue. Mais cela serait aussi remettre en cause la capacité du groupe de s'adapter à son époque, un talent qui ne leur a que rarement ait défaut, les choix n'étant pas toujours les meilleurs (cf Point Of Entry). Aussi, il est légitime de ne pas être d'accord face à ces vieux briscards qui n'ont pas apprécié ce déluge de décibels.
Ainsi, la première partie de cet opus, produit de main de mettre par Chris Tsangarides, qui met ainsi fin à une collaboration de 12 ans avec Tom Allom (qui n'aurait peut-être pas su travailler cet album de la bonne manière, trop coincé dans les '80), est virulente, parfois jusqu'au boutiste dans les limites du groupe. Le seconde moitié, en revanche, propose des tournures différentes, avec en point d'orgue
A Touch Of Evil/i], inspiré du procès de la honte dont à été victime le Priest (suite au suicide de deux ados qui auraient déniché un message subliminal dans [i]Better Than You, Better Than Me en 1985). Le ton se fait plus plaintif, la mélodie plus, oppressante et
Halford s'impose royalement sur ce titre, le plus abordable de la galette.
Painkiller, c'est une petite révolution en soit. Rarement le groupe n'aura été aussi percutant, ni aussi rancunier dans sa façon de faire. Même si l'album n'est pas parfait de bout en bout, il se hisse en haut du panier sans parvenir à prendre la part de certains de ses grands frères (Screaming For Vengeance ou Defenders Of The Faith pour ne pas les citer). Mais il permet de redonner une nouvelle jeunesse à un groupe en perte de vitesse et de conquérir bien plus de nouveaux fans qu'il n'en a perdu dans l'histoire. Mais la suite allait se montrer plus mouvementée encore, mais pas forcément sur un plan musical...