Quand on regarde de près ou de loin la carrière de
Judas Priest des débuts à
Painkiller, on remarque des pics de réussite et des creux stylistiques. Si
Turbo divise clairement les fans avec son côté léché et surproduit, il demeure un disque agréable, une continuité soft à
Defenders Of The Faith, où l'on reconnait très bien le style du Priest classique. Une trajectoire différente de celle d'
Iron Maiden qui connut un succès monstre avec l'arrivée des guitares synthés et qui diffère encore de celle de
Saxon qui a ce moment connaissait la disgrâce auprès des fans avec l'américanisation du son.
Et en 1988 débarque ce Ram It Down à la pochette puissante, à mille lieux de l'affreuse illustration servant de jaquette à Turbo. Le Priest était catalogué "pré-retraité" et peu de monde espérait un album brut de décoffrage. Le premier titre, éponyme, sert à ce titre de leurre. Malgré une batterie étrange et sans saveur (
Dave Holland, s'il est crédité, n'aurait en revanche pas enregistré tous les titres, d'où cette impression de boîte à rythme),
Ram It Down est une tuerie sauvage, aux paroles gentiment niaisoux, mais qui présente un
Rob Halford conquérant, très en voix. Le duel de guitare durant le solo est tout simplement exceptionnel, l'un des meilleurs de la paire Tipton/Downing.
Puis il y a le reste. Si
Hard As Iron dépote bien mais ne possède pas le même feeling ravageur de
Ram It Down, le reste se montre souvent assez cool et bizarrement synthétique. Quand on sait qu'à l'origine Turbo aurait du être double et que ce Ram It Down est l'ossature de ce second disque, on peut être satisfait qu'il sorte deux ans plus tard. Cet album est à la fois un pas en avant et un autre qui se pose dangereusement sur une peau de banane. D'un côté on trouve la virulence qui annonce la tuerie
Painkiller, de l'autre une stagnation au son de Turbo, mais sans le charme de ce dernier.
Love Zone,
Love You To Death,
I'm A Rocker ou même
Heavy Metal sont tout juste bonnes à être considérés comme du remplissage. Des morceaux relativement peu intéressants, minés par une batterie hors d'âge ou par une production plastique sans relief. Si
Blood Red Skies souffre des mêmes carences, la composition parvient à séduire par son côté décallé et épique, style
Depeche Mode meets
Judas Priest. De quoi faire crier au scandale, mais il convient d'admettre qu'en définitive, c'est l'un des meilleurs morceau de l'opus.
Les photos du livret nous montrent un Priest version cuir et clou, très bondage SM, mais l'album ne tient pas ses promesses, coincé dans une bulle créative essouflée et marqué au fer rouge par une production qui commençait déjà à sonner daté. Ram It Down marquera d'ailleurs la fin de collaboration entre Judas Priest et le producteur
Tom Allom, ainsi que le départ de Dave Holland, miné par ses problèmes personnels. Finalement, il est possible de complètement faire l'impasse sur ce disque, les deux meilleurs morceaux se trouvant sur le best-of
Metal Works. Sinon, pour ceux qui veulent vraiment découvrir le Priest dans osn intégralité, reste un album qui n'a pas la fougue d'un Painkiller ni le côté sympa d'un Turbo. Un disque relativement moyen qui ne brille pas assez pour sortir du lot.