Pretty Maids s'est souvent laissé aller à ses envies, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Les derniers albums étaient parfois inégaux dans les idées et dans la qualité, mais le groupe avait clairement l'attention de varier les plaisirs, entre une approche clairement heavy et une autre proche du hard FM un peu dépassée. On le voyait depuis Sin-Decade (1992), les musiciens avaient constamment le cul entre deux chaises, progressant parfois au petit bonheur la chance, au gré de l'inspiration du moment. Et progressant lentement sans se soucier des genres,
Pretty Maids délivrait ses albums comme un lapin sème ses crottes. L'image est peu flatteuse, mais dans l'univers metal de 1993 à 2001, cela ressemblait un peu à ça. Rien de bien méchant, juste des petites perles qui passent complètement inaperçues, même si les fans les suivent toujours avec avidité et que d'autres se sont joints à la procession, grâce à la vague true metal menée par
Hammerfall qui leur a bien rendu hommage, il est vrai.
Aussi, Planet Panic, c'est un album qui, comme d'habitude, ne suscite pas l'enthousiasme forcené comme un nouvel opus de
Metallica ou
Iron Maiden. Une sortie assez discrète pour un groupe assez discret en somme. Avec sa pochette qui reprend une célèbre photo des troupes américaines hissant le drapeau sur une terre délivrée (hum...) et reprise de nombreuses fois pour illustrer des jaquettes de disque, on est tout de même loin d'imaginer que les Danois allaient donner un coup de rein sévère à leur style en prenant un tour plus sérieux aussi, comme les thématiques abordées - certes de façon un peu simpliste - dans les textes.
Musicalement, on remarque que
Pretty Maids durci aussi le ton. On avait remarqué que la formation aimait bien les titres solides et frondeur, et elle s'en donne à coeur joie ici. La première partie de ce Planet Panic en est même bien chargé, avec un
Virtual Brutality aux résonances modernes, un
Playing God plombé ou encore un
Face Of My Enemy qui ne fait pas dans la dentelle. On a de quoi être agréablement surpris, ça cartonne suffisamment fort pour donner l'impression d'un retour aux sources, comme à la grande époque de
Red, Hot And Heavy, la modernité en plus, les capacités vocales de
Ronnie Atkins en moins. Le chanteur reste toujours dans les mêmes intonations, il ne passe plus d'un chant rauque à un autre, plus mélodique comme il le faisait dans les années 80, mais sa tessiture reste intéressante car peut courante. Les amateurs de voix particulières à la
Andi Deris seront accrochés, forcément.
Malheureusement,
Pretty Maids fait rapidement retomber la pression sur la seconde partie de la galette, ou de nombreux tires plus soft commencent à pointer le bout de leur riff. Et là, pour le coup, comme pour Spooked, cela devient préjudiciable parce qu'on se retrouve face à une cassure rythmique qui détruit l'ambiance développée sur les premiers morceaux, sombre, virulente, qui cherche à en mettre plein la vue. Ce coup-ci, même la ballade
Enter Forevermore ne parviendra pas à donner le sourire tant elle semble surfaite, déjà entendue. C'est d'autant plus préjudiciable que le début de Planet Panic laissait entrevoir l'album le plus motivant de
Pretty Maids depuis des années.
Mais ne boudons ps notre plaisir. Planet Panic est un très bon disque, capable de réconcilier
Pretty Maids avec la frange la plus extrême de son public. Il y a de l'idée, des envies, mais il y a aussi des petits ratés, comme sur chaque disque depuis plus d'une décennie. Mais le groupe est toujours en vie et en forme. Beaucoup de jeunes combos aimeraient pouvoir approcher la qualité des Danois, qui se contentent toujours du travail accompli avec leur bonhommie, conscient qu'ils seront toujours considérés comme ceux qui auraient pu concurrencer
Metallica à une époque... Auraient pu, toute la subtilité tient dans cette tournure grammaticale.