Après deux albums volontiers rentre-dedans, qui pouvait prévoir la direction que prendrait Judas Priest ? Après tout, le hard FM était tendance à ce moment là, tout comme ce que l'on dénomine hair metal. Le thrash prenait des propensions monstrueuses.
Saxon avait déjà fait son choix et s'est tourné vers une musique plus commerciale dès
Crusader et les regards convergeaient vers deux autres géants du heavy metal britanique,
Iron Maiden et Judas Priest. Les deux se mettent aux guitares synthés et le son en devient plus synthétique. Et si les premiers trouvent un Derek Riggs très inspiré pour la pochette de
Somewhere In Time, le Priest doit se contenter d'un Doug Johnson épileptique pour celle de ce Turbo. Une des pires pochettes du Priest ? Dans une certaine continuité, quoi...
Le groupe s'envole pour les Bahamas en compagnie de Tom Allom. Les Bahamas avec ses plages, ses bars à cocktails, ses banques... Avec les expérimentations qui régissent l'enregistrement de cet album, l'ensemble parait bien pâle à la première écoute. Où sont passés les riffs assassins et rapides à la Freewheel Burning ? Où sont passés les passages ultra aigus d'
Halford ? Puis c'est quoi ces permanentes et ces tenues glamouze SM ? Bref, ça ne se présente pas très bien.
Mais quand on prend la peine de se plonger dans cet album, on découvre un disque intéressant, propre sur lui, certes, mais qui contient des titres imparables, comme ce Turbo Lover qui ouvre le bal, avec sa mélodie simple, ses vocaux étrangement agencés, entre phrasé parlé et chant simple. On remarque que les compositions sont simples, le schéma couplet refrain est respecté avec des soli de qualités, qui sont plus dans le feeling que dans la démonstration rapide. Des duels plus soft, mais loin d'être fades. Les refrains sont plus posés mais la plupart sont conçus comme des hymnes : Turbo Lover, Private Property, Rock You All Around The World...
Alors oui, Judas Priest prend un aspect plus commercial, que ce soit dans le look ou la musique proposée, mais des albums commerciaux comme celui-là, j'en aimerai plus souvent. Le Priest se détache des groupes américains par le talent de composition, l'agencement des mélodies, par un chanteur un peu à la traîne sur cet opus mais bien plus doué qu'un Vince Neil ou un Brett Michaels. Et surtout, Judas Priest est le seul à pouvoir proposer un titre épique improbable sur pareille réalisation, Out In Cold, qui ouvrira les concerts du groupe sur la tournée qui s'ensuivra (et où les compos de cet album maudit prendront une tournure bien plus heavy). Morceau magnifique, musicalement trippant. Seul bémol, une performance un peu molle d'Halford dessus.
Alors pourquoi ce disque est-il si controversé ? Parce que contrairement à Maiden qui n'a pas perdu en intensité sur Somewhere In Time, Judas Priest parait bien pâle à côté, nettement plus synthétique, sans oublier des morceaux plus faibles qui viennent gentiment pourrir l'ambiance. Un morceau comme Hot For Love ou Parental Guidance fait retomber la mayonnaise. Peut-être pas innocent le fait qu'ils précèdent des compos plus speed.
Turbo est un album différent pour le Priest, mais où l'on reconnait malgré tout le style du groupe. Controversé, certes, mais bien plus percutant qu'un
Point Of Entry. A découvrir.