Il est communément admis que le Death Metal n’est rien d’autre qu’une musique bruitiste où la brutalité stérile n’appelle à rien d’autre qu’à toujours plus de bestialité. De cette cacophonie de riffs ineptes insupportables où les vociférations désagréables de chanteurs incapables viennent abrutir l’esprit impénétrable de jeunes écervelés, et où des batteurs inaptes se contentent de marteler le plus rapidement possible des malheureuses peaux, nait l’engeance « artistique », si tant est qu’on puisse appeler cela de l’art, la plus atroce. Conjugué à une impuissance puérile à développer une imagerie et un propos adulte et mature, les groupes se complaisent dans le marasme d’une médiocrité assez consternante. Une fois ces quelques « vérités » assez caricaturales écrites, force est de constater, pour les esprits les moins hermétiques, que si le Death Metal peut se décrire ainsi, il le fait surtout pour ceux qui n’en comprennent pas les méandres les plus subtils. Car en vérité il existe différents niveau de compréhension de cette musique, et il en existe surtout de nombreuses ramifications diverses dont chaque particularité définisse, aussi précisément que la créativité de musiciens libres le permet, les contours.
Ainsi le Death Grind aux parfums Hardcore de
Misery Index est recherché. Ses musiciens, et notamment son batteur, sont d’incroyables techniciens. Ses textes intelligents et son imagerie travaillée est celle d’artistes engagés et concernés par les dysfonctionnements d’un monde, et d’une société qu’il dénonce. Et ce Traitors est sans contexte une vraie réussite. Ces quelques lignes succinctes, d’une cruelle exactitude, pourraient suffire à éveiller les appétits des plus curieux. Ajouter encore que ce disque est dans l’exacte continuité de son prédécesseur Discordia, en, peut-être, un peu moins agressif, finirais sans doute à convaincre les plus réticents. Mais ce ne serait certainement pas suffisant pour décrire les plaisirs immenses et subtils qu’il offre. En effet nos quatre de Baltimore après le préambule nerveux et tendu d’un We Never Come in Peace instrumental, nous offre toute la puissance d’un excellent Theocracy aux riffs remarquables et au parties plus mélodiques mémorables. Partisan of Griefs, dans une atmosphère générale plus lourde, vient délicieusement nous accabler avant qu’un exceptionnel Traitors, et son superbe refrain scandé, ne nous achève littéralement. Si le groupe excelle dans ces titres où s’entremêlent, au gré d’une ingéniosité incroyable, l’intensité, la violence, l’efficacité de parties typiquement Death et Grind, à la mélodie d’autres plus précisément mid-tempo Hardcore,
Misery Index sait aussi s’épanouir dans l’expression plus directement Grind de titres efficaces (Ruling Class Canceled, le très bon The Arbiter, American Idolatry). De la vitesse, de l’agressivité, de la musicalité, des rythmes variés, en des titres hybrides adroitement composés suffiraient amplement à l’exemplarité de cette œuvre, mais
Misery Index ne saurait s’en contenter, et avant un final furieux, il nous offre les délices d’un lent et accablant Thrown Into the Sun dépressif.
Avec ce Traitors,
Misery Index confirme indéniablement tout l’étendu de son talent. Véritable condensé habile de Death Grind Hardcore nuancé, il s’inscrit comme une des très bonnes références du genre.