Lorsque l’esprit créatif unique le plus véhémentement Heavy, Hard Rock, mais aussi Rock et Fusion, de l’âme pensante de
Satan Jokers se tu, il nous laissa seul avec les remords de, uniquement, trois albums, soit vingt cinq chansons habités d’aptitudes indéniables et d’audaces innovantes. Plus de vingt quatre ans après, Renaud Hantson, soutenue par quelques uns des musiciens les plus talentueux et les plus reconnues, décida que le silence avait assez duré. La résurrection prit forme d’un album étonnant dans un paysage hexagonal presque muet. Pourtant la bête ne demandait qu’à revivre, et les carcasses que l’on croyait décharnées depuis longtemps, se remirent à respirer. Ainsi
ADX inspira, et expira un délicieux Divisions Blindées, Shakin’Street un 21st Century Love Channel qui ne laissa quiconque indifférent, avant que
Satan Jokers n’exhale ce fameux et très bon SJ2009. A peine quelques mois plus tard l’entité la plus atypique de ces années 80, mû par, justement, cette créativité semblant intarissable, revient nous offrir pas moins de dix huit morceaux avec ce Fetish X.
Ce qui d’emblée pourrait apparaitre comme une longueur indigeste, ne l’est pas réellement tant ce disque offre une homogénéité cohérente et un captivant intérêt. En effet là où SJ2009 pouvait donner à entendre les mélodies, certes intéressantes, d’une inspiration disparates, diverses et variées, Fetish X bascule dans une consistance plus harmonieuse essentiellement Heavy. Plus harmonieuse, mais aussi plus uniformément sérieuses et concernés. Ici peu d’errements futiles, et dès les riffs sombres et pesant, d’un excellent Satan à l’ambiance malsaine et noire, l’atmosphère est divinement étouffante. A peine remis de ce choc heureux, que, déjà, viennent les plaisirs succulents d’un superbe Ephémère empressé, mis en exergue, notamment, et aussi, par des guitares nerveuses et adroites. Difficile, aussi, de rester insensible aux refrains sublimes et salutaires, venant nous délivrer des couplets lourds et pénétrants, d’un excellent Hypnotiseur. La densité de ces guitares lourdes et obscures ne nous quittent jamais réellement, et Illégal, dédié à Joe Steinmann, batteur de Furious Zoo, qui séjourna en prison, ou encore le remarquable Presque Humains et son riff d’intro que ne renierait certainement pas les frères Young, mais aussi Bulldozer sont autant de titres qui s’inscrivent dans cette ténébreuse expression jubilatoire.
Pourtant cette œuvre reste, évidement, mais de manière infime, imparfaite. Les méandres déconcertantes d’un titre tel que L’Enfer c’est Ici, pièce aux diverses parties aux qualités pas toujours égales, offre les vingt minutes d’un premier essai "progressif" inspiré, ouvertement, par Rush. Employé le terme "progressif" peut paraitre exagéré tant la musique reste celle de
Satan Jokers et ne se perds jamais dans les affres complexes, et pas toujours attrayantes, caractéristique de ce genre un peu galvaudé. Pourtant l’intention de ce morceau divisé en plusieurs actes est indéniablement dans l’esprit de composition de ce style. Si les actes L’Enfer c’est Ici, Dictateurs, Humanité Bafouée, Movimiento Nacional et ses guitares hispanisantes, et l’Enfer c’est Ici (final) restent éminemment attachant, Propaganda, et sa démonstration de basse, est sans doute inutile. L’album se clôt sur deux morceaux anciens de Satan Joker,
Les Fils du Métal (
Les Fils du Métal (1983) et Pas Fréquentables (
Trop Fou pour Toi (1985)), dans des versions plus actuelles très enthousiasmantes.
Indubitablement ces musiciens sont talentueux et si autrefois Renaud Hantson se considérait comme un chanteur moyen, il n’a aujourd’hui plus rien à envier à ceux qui officie dans le même registre que le sien. De cette voix rugissante, rugueuse et superbe, loin des harassants aigus copier/coller de castrats aseptisés, il sublime un disque qui n’en avait pas réellement besoin. Difficile aussi de ne pas évoquer les capacités étonnantes d’un Michaël Zurita, dont chaque note vient parfaitement, et dans une justesse d’intention incroyable, exalté chaque morceau. Cette éminence n’est, évidement, en rien entaché par les partitions batterie d’un Renaud Hantson incroyablement posé, et que l’on sent, à juste titre, très sur de lui, ni même par celle d’un
Pascal Mulot à la basse, dont la renommé méritoire n’est plus vraiment à établir.
Pourtant certains esprit retords pourraient considérer, encore et toujours, le choix de ce chant en français comme grotesque. Pourtant Renaud Hantson y excelle. D’autres pourraient affirmer que la pauvreté de texte niais condamne toujours au ridicule, les groupes hexagonaux sur leurs propres terres. Pourtant les mots de Renaud Hantson sont d’un subtil intérêt, constat désabusé et terriblement exact de nos sociétés. Ces "certains" et ces "autres", aigris, feraient mieux de se taire.
Fort de très bons titres, magnifié par les dons exceptionnels de musiciens aguerris et sereins, Renaud Hantson et les siens confirment magnifiquement un retour fracassant. Indéniablement 2009 restera l’année
Satan Jokers, vivement 2010.