Avec
British Steel,
Judas Priest a mis tout le monde d'accord et ce, malgré de menues imperfections. Comme
Black Sabbath au début des années 70, le Priest avait défini ce que pouvait être le heavy metal pour les années 80, un heavy plus simple, sans extravagances, avec une certaine ligne de conduite que l'on pourrait approcher de la pop dans sa construction : morceaux plus courts, plus carrés, avec des refrains qui font mouche, littéralement.
Et avec
Point Of Entry, le groupe a dans l'esprit de pousser l'expérience encore plus loin. Les musiciens embarquent le producteur
Tom Allom avec eux et s'en vont à Ibiza, où l'alcool coule à flots, etc, etc. Bref, le lieu n'est peut-être pas l'endroit rêvé pour enregistrer le successeur de l'une des pierres angulaires du genre, avec le soleil, la plage, les cocktails, les filles et les mecs pour certains...
Sous cette pochette étrange se cache un album qui ne laisse du coup pas indifférent. On aime ou on déteste, difficile de trouver un juste milieu face à cette production. On peut toutefois saluer l'initiative du Priest. Rendre sa musique plus abordable, il l'avait déjà fait sur le précédent opus. Mais se nourrir du paysage musical de l'époque, notamment au niveau des rythmiques, était un risque que peu de groupes auraient pris (on peut penser à
Kiss et son virage discoïde foireux, ou encore à
Queen qui allait s'enfoncer dans un funk froid et impersonnel sur le Hot Space). En effet, la New Wave Of British Heavy Metal bat encore son plein,
Iron Maiden et
Saxon ont les dents longues et font office de références, déjà.
Parce que, mine de rien, le jeu de
Dave Holland derrière les fûts est parfaitement adapté au style plus simple du Priest. La rythmique est assez groovy, très rock'n'roll et sonne moins stéréotypée que sur les albums qui suivront. La bonne frappe, pas de fantaisie, juste ce qu'il faut. Peut-on imaginer
Les Binks sur de telles compositions ? Non, ce dernier avait besoin de s'exprimer et sa frappe était bien plus intense. Là, il faut quelque chose de carré, de plus évident, qui ne surprenne pas l'auditeur. Et couplé avec une production qui met très bien la rythmique en avant, le résultat pourrait être intéressant.
Malheureusement, un bon jeu de batterie ne suffit pas à faire un bon morceau. Si l'écriture ne suit pas derrière, il n'y a pas grand-chose à en tirer. Ici,
Judas Priest fricote un peu plus avec le style pop de l'époque, et sort un album bien trop sophistiqué dans le son pour réellement être percutant ; il suffira de comparer les titres
Heading Out To The Highway,
Desert Plains ou
Solar Angels avec leurs penchants live pour entendre clairement le manque de patate de ces compositions. C'est trop lisse, les refrains sont parfois trop faciles. Les titres cités figurent cependant parmi les meilleurs de la galette. Bien pensés, bien agencés, mais sans agressivité, une force de frappe émoussée.
A côté,
Judas Priest a réussi à s'approcher de l'insignifiant. On peut montrer du doigt
You Say Yes qui contient certainement le refrain le plus irritant du Priest, ou encore un
On The Run qui avance un boogie musclé que l'on n'aurait pas été étonné de rencontrer sur une galette de
Status Quo, mais certainement pas chez la bande à Tipton... Et l'album navigue toujours en eaux dangereuses, trop près des récifs au milieu desquels rôdent des squales affamés.
Judas Priest a fait l'album dont il avait envie. Les membres du groupe continuent à le défendre bec et ongles. Peut-être plus pour les souvenirs éthyliques que pour le disque en lui-même, les souvenirs étant de leur propre aveu merveilleux. Evidemment, une partie du public y trouvera son compte, cet album faisant débat et connaissant actuellement une réhabilitation. Chacun son avis. Mais pour le coup, si les idées sont à louer, la forme n'est pas à la hauteur du fond.