Malgré ses nombreux défauts,
Sad Wings Of Destiny montrait un groupe qui cherchait à trouver sa voie, profitant pleinement de l'apport à la composition de
Glenn Tipton qui venait apporter des idées plus heavy, à défaut d'amener la fluidité dont
Judas Priest manquait alors cruellement. Et le groupe fait également un grand pas en avant en signant un deal avec la maison de disque Columbia, ce qui allait permettre une distribution plus conséquente. A condition de proposer un disque potable.
Et la chance aidant, c'est
Roger Glover, l'ancien
Deep Purple et le futur
Rainbow qui prend les manettes pour l'enregistrement de cet album. Quand on sait que le bassiste a toujours été meilleur pour produire les albums sur lesquels il ne joue pas, c'est bon signe. Et effectivement, son apport se fait immédiatement ressentir. Le son prend tout à coup une nouvelle dimension. Finis les riffs patauds superposés les uns sur les autres pour créer une impression de lourdeur. Glover a compris qu'en allégeant en grande partie le metal de
Judas Priest, la voix de Rob
Halford, qui est un atout considérable quand elle est maîtrisée, prendrait toute son ampleur et son travail, de ce point de vue, est très bon.
Et enfin, nous commençons à trouver une fluidité dans les notes déversées par le Priest. Bien sûr, cela reste saccadé par moment, mais la musique est bien plus lisse et passe bien mieux. Rien que
Sinner tranche totalement par rapport au précédent album, encore maladroit. Tipton insère beaucoup de guitare lead, venant trancher avec le plomb des parties rythmiques. La chanson se fait ainsi plus fuselée et sans pour autant gagner en vitesse, elle respire mieux, ne sombre jamais dans un lourdingue pathétique. Il convient aussi de saluer le travail à la batterie du jeune
Simon Phillips (alors 19 ans) qui impose des rythmiques puissantes et efficaces, comme sur
Let Us Pray/Call For The Priest où le matraquage des fûts est brutal et contribue largement à la déculottée infligée par le groupe.
Mais le psychédélisme habite toujours le groupe. Mais les musiciens le transforment, l'adaptent à leur style plus heavy et en extraient une substance étrange et polymorphe. Ainsi, on découvre un
Diamond & Rust de
Joan Baez sublimé par l'électricité, qui éclabousse l'album de sa classe, tandis que l'hypnotique
Here Come The Tears se teinte d'allures gothiques étranges, presque dérangeante, une vision pessimiste d'un romantisme à l'anglaise qui fait mouche.
Cependant,
Judas Priest tâtonne encore et malgré des surprises tout en agressivité (pour l'époque s'entend, comme ce
Dissident Agressor qui achève l'album), certains titres sont largement en-deçà et plombent gentiment l'ambiance, comme ce
Last Rose Of Summer un peu longuet et qui n'arrive pas à se trouver une classe qu'auront naturellement
Beyond The Realms Of Death et
Before The Dawn quelques années plus tard. Certaines parties instrumentales s'étirent un peu en longueur aussi. Quand on s'attarde sur le Priest des années 80, plus direct et concis, ces escapades stylistiques peuvent un peu gonfler, surtout quand elles n'apportent pas grand chose aux chansons. Années 70 obligent, diront certains.
Sin After Sin est un très bon disque, loin d'être parfait. il manque encore quelques compositions pour tirer le tout vers le haut, style des classiques. Parce que ce disque, s'il s'en sort avec les honneurs, manque encore de classiques instantanés pour réellement imposer
Judas Priest comme l'un des grands du heavy metal britannique. Mais ce n'est plus qu'une question de temps. Tipton a su trouver un son, le reste du groupe trouvera le moyen de l'exploiter et de le peaufiner, jusqu'à devenir une machine à riffs. Et
Sin After Sin est le réel déclencheur de tout cela, une version revue et bien corrigée de
Sad Wings Of Destiny.