Sad Wings Of Destiny représente un pas de géant pour
Judas Priest, qui, sous l'impulsion du guitariste
Glenn Tipton, durcit le ton et laisse tomber les ambiances psychédéliques qui alourdissaient le premier album. Succéder à un album poussif est plutôt facile si on ne répète pas les mêmes erreurs, ce que le Priest se garde bien de faire.
Si la version CD débute directement avec la célèbre
Victim Of Changes, ce n'est pas le cas de la version originale où cette chanson entamait la face B du vinyle. Une inversion des faces qui change l'appréciation que l'on peut avoir de l'album en fonction du support. Comme le CD est devenu plus commun, cette chronique s'attachera donc à ce format.
Parce qu'avec
Victim Of Changes d'entrée de jeu, on est tout de suite mis au diapason. Titre ambitieux, épique, toujours agrémenté d'une approche prog', le morceau de bravoure de l'album. On se rend compte que le chant de
Rob Halford tire de plus en plus vers les aigus, même si certains effets vocaux laissent encore à désirer. On ne devient pas Metal God en un jour. La composition bénéficie d'un final titanesque, où le chant de Rob monte haut, très haut et où la tension va crescendo. Le premier classique du Priest, directement couplé avec le second,
The Ripper, un morceau écrit par Tipton. Un riff simple mais pernicieux, toujours mid tempo, tirant plus vers le hard rock que le metal ne serait-ce sa lourdeur. Encore une fois le chant d'Halford est impeccable et en fermant les yeux, on pourrait imaginer Jack l'Eventreur sous ses traits.
Deux titres, deux hauts-faits pour
Judas Priest. Malheureusement, tout n'atteint pas ce niveau. Si le groupe tente de se libérer stylistiquement parlant, il a également pas mal écouté les groupes de hard rock qui avaient eu du succès entre 1974 et 1976. Ainsi,
Dreamer Deceiver, où Halford s'exprime d'une voix plus grave, n'aurait pas dépareillé sur un album de
Uriah Heep tandis que
Epitaph semble s'être échappé d'un album de
Queen. Mais n'est pas
Freddie Mercury qui veut et la prestation du futur Metal God est plutôt pitoyable sur ce titre.
Quelques faux pas qui montrent que le groupe n'est pas encore serein. On peut également regretter une production pas à la hauteur des ambitions du groupe et qui ne lui a pas assuré un bon vieillissement, un jeu de guitare pas toujours très fluide, ou des choeurs un peu décalés qui sonnent bizarrement (les "Tyrant !" de
Tyrant justement, n'ont rien de conquérant...). Il faudra attendre le
Unleashed In The East pour découvrir des versions mieux pensées de plusieurs compositions de cet album.
Sad Wings Of Destiny met en forme le style de
Judas Priest, qui arrivera à maturité sur
Sin After Sin. Le groupe est conscient du potentiel de cet album et les ventes n'ayant pas été bonnes, il n'est pas étonnant de le voir si bien représenté sur leur premier album live (hum....),
Unleashed In The East. Quatre morceaux sublimés, qui gagnent en force. Comme si ce disque n'était en fait qu'un brouillon sur papier Vélin.