Depuis toujours les chemins tracés par les desseins cyniques d’un destin capricieux auront été, pour les italiens d’
Eldritch, de longs périples en des terres anonymes. Ce désintérêt évident à l’encontre d’un groupe pourtant talentueux trouve des explications en de nombreuses raisons indéniables. Nous pourrions évoquer, par exemple, la teneur de ces premières œuvres désespérément trop Progressives et désespérément trop impénétrables (Seed Of
Rage (1995), Headcake (1997) et dans une moindre mesure El Nino (1998)) pour qui goutaient les délices simples promis de primes abords par ce Heavy Prog ultramontains. Cette relative complexité, en ces temps reculés, allant à l’encontre d’une époque bien plus encline à la simplicité grandiloquente d’autres (Rhapsody, notamment). Nous pourrions aussi parler de certaines erreurs incontestables qui conduisirent le groupe en des contrés aux confins bien trop Thrash/Neo pour un résultat relativement moyens (Reverse (2001)). Et puis, bien évidemment, nous pourrions dire qu’il y a, dans tous les insuccès, une part non-négligeable de hasard inexplicable.
Quoiqu’il en soit, suivant un Portrait of the Abyss Within relativement enthousiasmant mais sans génie, sort, en 2006, ce Neighbourhell, nouvelle offrande de Terrence Holler et de ses comparses. Inutile de préciser que nul n’attends rien de cet album, et que l’indifférence à son égard est telle que l’œuvre ne connaitra qu’un succès d’estime. Pourtant elle mérite bien des louanges.
En effet,
Eldritch y cultive, avec un talent appréciable, l’art du contraste. Confrontant les délices de son Heavy, aux relents divinement Thrash, à ceux d’aspirations plus mélodiques, il y construit, assurément, des morceaux à la fois agressif et suave, à la fois combatifs et savoureux. De telles sortes que ses titres, tout en gardant une pugnacité tranchantes et accrocheuses, nous ouvrent les portes d’un plaisir immédiat. Mais le plaisir est immédiat aussi, parce que les transalpin ont désormais délaissé cette aspect trop Progressif et confus de leur musique. Il la rende, dès lors, directement accessible sans ces passages obligatoires en ces inextricables poncifs complexes qu’ils aimaient tant autrefois.
Ce mélange Heavy/Thrash mélodique au lointaines accointances Prog est la signature formidablement caractéristique de ce groupe. Ainsi des morceaux tels que les excellents Still Screaming, Save Me ou encore, par exemple, The Dark Inside, mêlant subtilement cette part d’ombres dévolues à l’ardente violence du style
Eldritch à une musicalité très travaillés, et notamment dans les refrains, démontrent l’étendu d’un talent, malheureusement, mésestimé. L’aspect le plus captivant de ce concept étant même atteint sur un admirable Standing Still aux couplets lancinants à l’atmosphère tourmentée et aux refrains rédempteurs grandioses.
Le schéma de ces morceaux reste souvent classique de ce concept de métissage. Toutefois les italiens n’hésitent pas à parfaire leurs propos en s’attachant à y apporter une nuance salutaire. Déplaçant, parfois, le curseur vers plus d’harmonie ou plus d’âpreté, il compose certains de ces titres avec un souci de diversité admirable. Ainsi les superbes Bless Me Now ou encore, par exemple, Come To Life, même s’ils demeurent ancré dans le dessein des ultramontains, développent une brutalité supplémentaire. Alors qu’un superbe More then Marylin est, quant à lui, totalement imparti à une musicalité mélodique. Ce dernier morceau n’étant pas sans nous évoquer un Lord of an Empty Place qui, lui aussi, en son temps fut le témoin de ce que le groupe pouvait faire de plus harmonieux et de moins abscons.
Neighbourhell est donc un superbe album de Heavy Thrash mélodique aux lointains parfums Progressif où
Eldritch nous proposent de découvrir un univers original dans lequel il excelle.