Fut un temps,
Rob Halford était très chevelu, au point de ressembler à un cocker désabusé (pas Joe, le chien). Ses cheveux lui donnaient un air triste tandis que
Judas Priest sortait son premier album, à la pochette risible et au titre pas franchement évocateur : Rocka Rolla. A cette époque,
Black Sabbath s'était depuis longtemps imposé comme le ténor du heavy metal,
Deep Purple validait son Mark III,
Queen sortait deux albums dans l'année et remportait ses premiers succès,
Uriah Heep s'apprêtait à sortir Return To Fantasy tandis que
Led Zeppelin allait tout exploser avec son Physical Graffiti. Au milieu de ces cadors,
Judas Priest, dont le nom a été inspiré par l'étrange chanson de
Bob Dylan,
The Ballad of Frankie Lee and Judas Priest, allait faire pâle figure.
En effet, lorsque l'on connait de
Judas Priest les albums
British Steel,
Screaming For Vengeance ou Painkiller, on se fait une certaine idée du heavy metal de l'autre groupe de Birmingham, rapide, tranchant comme la lame d'un rasoir et résolument fédérateur. Ici, c'est loin d'être le cas, même avec le recul ou en le replaçant dans le contexte de son époque.
Rocka Rolla est lourdingue. Le groupe n'est pas encore bien fini malgré sept ans d'existence, rythmées par des changements de line-up. Le guitariste
Glen Tipton venait juste de rejoindre les rangs et déjà, on pouvait deviner que son apport allait être déterminant au sein de la formation. Si la majeure partie des titres flirte avec un heavy metal fortement inspiré de
Black Sabbath, le côté occulte en moins, mâtiné à une bonne dose de psychédélisme, ceux co-écrits par Tipton sortent indéniablement du lot. En effet, le title track possède un riff qui se complait à égratigner l'auditeur ainsi qu'un solo rigolo (!) dans sa construction en cavalcade tandis que
Run Of The Mill se veut plus aventureuse et mélodique.
Halford ne joue pas encore dans les suraigus. Il commence à en placer quelques uns, pas toujours de façon judicieuse (les compositions ne s'y prêtent pas franchement). Les idées sont parfois étranges, comme le triptyque
Winter/
Deep Freeze/
Winter Retreat qui crée une cassure dans le rythme de l'album, inutile et presque fatale. Certains changement de mélodies semblent un peu forcés, comme si le groupe voulait également coller au wagon du prog de l'époque, alors en pleine expansion, mais sans que ce soit une franche réussite.
Rocka Rolla, c'est l'image d'un groupe qui se cherche et qui peine à se débarrasser de ses influences. Le style n'est pas encore là, à peine un embryon d'un futur possible pour
Judas Priest. Face à la concurrence de l'époque, ce disque ne fait pas le poids. Près de quarante ans plus tard, il ne satisfera pleinement que les fans hardcore du combo qui parviendront à voir en lui l'une des merveilles discographiques du Priest. Les autres peuvent passer leur chemin sans état d'âme.