Certains artistes, au sein de la scène Metal Symphonique, pensent que l’audace consiste à ajouter toujours plus d’éléments et d’idées à leur musique. Véritable empilement de strates où la confusion règne, noyant l’émotion principale, initiale et essentielle, dans une cacophonie toujours plus grande d’instruments classiques toujours plus nombreux, d’orchestres philharmoniques toujours plus envahissants, d’arrangements toujours plus magnifiques, pour des œuvres, certes, belles, mais dont l’intention première d’une émotion touchante à la pureté simple, sans détours sinueux, est difficilement perceptible. Ainsi cette surenchère inepte de la part de ces groupes obtus avec leurs intentions sans inspirations profondément nouvelles, et parfois même pas tout à fait complètement les leurs, rend laborieux une quelconque tentative de déceler au milieu de cette immonde fange sans âme, celui ou celle qui saura véritablement se révéler. Cette difficulté consacrera inévitablement certains, et pas nécessairement pour leurs qualités artistiques, à une renommée un peu facile et surtout un peu usurpée, alors que d’autres continueront dans cette quête d’une survie artistique, à être ensevelis indéfiniment et inexorablement sous les affres d’un anonymat certain.
Assurément,
Angtoria fait partie de ceux qui, avec une sincérité indéniable, tentent de s’affranchir des carcans étrécis d’un genre qui, comme tant d’autres, est trop étroitement défini, entre autres, par des adeptes, parfois revêches, aux attentes préjugées inaliénables. Indéniablement, ce sont aussi les artistes qui donnent la saveur voulue à leur création, mais cet équilibre incertain, entre les volontés des uns et leurs attentes, et celle des autres et leurs envies créatives, conjugués à certains impératifs inhérents à la scène par laquelle chaque groupe tente de se définir, est parfois contradictoire et surtout, le berceau le plus cruel de dilemme cornélien. Souvent, confrontés à ce choix, les groupes se contentent du confort appréciable de la prise de risque minimum, et malheureusement n’offrent rien d’autre que des albums fades directement inspirés par les inspirations d’autres.
Formé par quelques musiciens efficients de scènes diverses telles que Black Metal, Death Metal, Power Metal, ou encore Progressive, avec notamment une
Sarah Jezebel Deva au chant (
Cradle Of Filth,
Therion ou Mortiis), ou encore un Dave Pybus à la basse (
Cradle Of Filth,
Anathema) mais aussi Christian et Tommy Rehn aux guitares et claviers (
Evergrey,
Abyssos), nous étions en droit d’attendre d’une telle confrontation d’influences, forcément, un mélange surprenant.
Dès les premières mesures d’une courte intro,
The Awakening, on sent d’avantage une symphonie aux accents tragédiens, composés pour réellement nous conter une histoire bien plus proche d’une réalité épique que de celle classique proposée à l’accoutumée. Mais c’est surtout à l’aide d’un I’m Calling débarrassé de cette apparence solennelle, d’habitude inévitable, qu’
Angtoria nous offre l’aisance d’un morceau efficace aux refrains très réussis. Loin de cette emphase grandiloquente et magistralement ennuyeuse qui alourdit nombre des œuvres de ces petits camarades, défendues aux sons de sonates soporifiques d’orchestres symphoniques et soulignant le lyrisme de divas divinement pompeuses, Saraj Jezebel Deva et ses comparses ont su revenir à cette simplicité essentielle et fondamentale. Enchaînant les titres d’un Metal Symphonique enfin limpide, le groupe affirme une personnalité forte et reconnaissable sur des titres aussi aboutis que
God Has a Plan for Us All, Six Feet
Under's Not Deep Enough, ou encore Do You See Me Now. L’authentique sacre de l’œuvre d’
Angtoria est la couronne que constitue Original Sin. Titre épique s’il en est, il nous mène dans les contrées d’un drame héroïque où les voix gutturales de Aaron Stainthorpe (
My Dying Bride), et celle plus douce de
Sarah Jezebel Deva, s’affrontent dans une apocalypse finale délectable.
Ajoutons que la production est intelligente, et que malgré l’usage de nombreux éléments mélodiques, chaque instrument, et notamment les guitares, occupe parfaitement l’espace qui doit être le sien.
Bien sûr ce
God Has a Plan for Us All n’est pas exempt de tout défaut, et on y retrouve ça et là certains passages, certains éléments où l’on reconnaîtra aisément d’autres influences. On peut aussi entendre certains titres moins essentiels, ou tout simplement moins singuliers. Ainsi, citons Confide In Me ou encore Thats What the Wise Lady Said, qui, s'ils sont de jolis moments, ne sont pas forcément indispensables.
Quoiqu’il en soit avec ce disque aux propos plus épiques et moins classiques, avec des orchestrations plus subtiles et moins envahissantes, avec des guitares plus audibles et moins étouffées, avec une volonté d’offrir des morceaux plus essentiels et moins complexes, et avec une chanteuse plus soucieuse d’interprétation et moins de démonstration,
Angtoria nous offre d’emblée une alternative pas totalement réussie mais bigrement plus intéressante, là où d’autres se contentent d’un immobilisme sclérosé.