Il existe diverses manières d’appréhender la musique. Certains voient dans l’expression de cet art un moyen subtil de sublimer les émotions les plus belles. Ainsi ces partisans de l’esthétisme affectif ne conçoivent pas d’écouter d’œuvres exsangue de jolies mélodies, de beaux refrains, de gracieux soli, de morceaux aux arrangements si travaillés que l’ensemble finis par perdre en spontanéité ce qu’il gagne en musicalité. A l’inverse d’autres préfèrent exacerber leurs ressentis le plus sombre. De telle sorte que ces disciples ne daignent reconnaitre absolument aucune once d’un quelconque intérêt sans une certaine radicalité, une certaine rapidité, une certaine violence présente afin d’éveiller en eux d’obscures sensations fortes. Ces différences fondamentales dans les attentes, ces opposition contradictoire dans les espérances d’un ressenti avec d’un côté la force et de l’autre la beauté existe depuis longtemps déjà. Pourtant si ces adeptes disparates à l’extrême sont d’accord pour affirmer leur désaccords concernant leurs gouts propres, dans des styles aux limites définis de manière très nettes tel que le Heavy Metal, le Power Metal, le Death Metal ou encore le Black Metal; il n’en va pas de même aux confins des territoires les plus incertains et les plus nébuleux où certaines unions contre-natures, diront certains, donnent naissance à des conflits fratricides et incessants. Tantôt trop harmonieuses pour les uns, tantôt trop violentes pour les autres certaines œuvres marquent définitivement la scission. Elles peuvent alors être le point de départ d’évolutions nouvelles.
En effet certains groupes génialement innovateurs surent magnifier le Black Metal en pervertissant ses aspects les plus ancrés dans un immobilisme et un minimalisme parfois ridicule, et ce, en trahissant l’esprit ancestral de règles immuables tacites, à l’aide, notamment, d’éléments plus mélodiques, tels que, entre-autre, chœurs et synthés (
Emperor,
Limbonic Art…). Traçant de la sorte une route ardue d’autres, plus tard, sauront admirablement y marcher fièrement (
Dimmu Borgir…). Si ces derniers eurent l’intelligence d’assimiler parfaitement leurs influences, Black Metal Mélodique d’abord, puis Symphonique ensuite, les plus évidentes, et ce afin d’offrir la vision la plus subtil de cette amalgame sur un Puritanical Misanthropic Euphoria (2001) très maîtrisé et surtout très personnel ; d’autres ne seront, et ne sauront, jamais entrer dans le sacro-saint cercle des créateurs (au sens le plus noble de ce terme), se contentant de proposer, parfois avec talent, parfois sans, au mieux un hommage, au pire un plagiat.
Et c’est bien de cela dont il s’agit ici. A l’évidence Abigail Williams porte la marque encore fumante de ce fer rouge venant du froid, tout droit vomis par cette Norvège dont il voudrait être un enfant. Complexé par cette non-appartenance, qu’il vit comme le rejet désagréable venant de la grande famille Nordique du Black Metal Symphonique, le groupe tente de donner, à sa musique, le gout, la couleur et l’apparence de celle de cette terre promise si ce n’est Norvégienne, Européenne tout au moins. Pour ce faire il s’est adjoint les services de Johnny "Trym Torson" Mosaker (
Emperor) à la batterie, et de Ashley "Ellyllon"Jurgemeyer (
Cradle Of Filth) aux claviers. Si ces choix n’ont rien de condamnables, la volonté créative dont ils sont issus, nettement plus.
Car dès l’entame l’outrageante offense de la similitude qui lie ce In the Shadow of a Thousand Sun au Puritanical Misanthropic Euphoria nous explose littéralement à la figure. The World Beyond démarre, en effet, avec son riff d’intro dont la différence avec celui de Blessing Up The Throne Of Tyranny est si infime qu’il faudrait être d’une mauvaise foi infinie pour ne pas en reconnaitre la paternité a qui de droit. Il devient alors évident, goutant les éléments les plus empruntés non pas aux autres, mais à l’autre, le frère Norvégien,
Dimmu Borgir, que ce disque s’éloigne bien trop peu des sentiers battues pour mériter les éloges et l’intérêt révolutionnaires que certains veulent bien lui accorder. Parler de renouveau miraculeux aux sons de cette idée de mélange de voix et d’éléments Hardcore (dans son acception la plus moderne) et de Black Metal Symphonique, en en occultant volontairement les défauts les plus flagrant est juste étrangement regrettable. Le choc de ces deux mondes est, indubitablement, offert de manière si parcimonieuse, saupoudrés de manière si aseptisé, que s’obnubiler de cette ingénieuse idée est, à mon sens, une erreur.
Dans cet amas, aux efforts créatifs personnels minimum faiblement consentis, le morceau A Thousand Sun reste le summum de la mystification. Ces voix claires, sa construction, ses breaks et ses nappes de synthé installant une ambiance glauque non pas d’inspiration mais totalement identique à qui vous savez, rende ce titre au mieux soporifique, au pire inécoutable. Dans le même état d’esprit l’enchainement A Semblance Of Life, Empyrean : Into The Cold Washes, et surtout les airs de ce premier, n’est pas sans nous rappeler les relents les plus succulents d’une autre euphorie, quelque peu misanthropique.
On pourra me trouver acerbe et me reprocher d’oublier volontairement les idées les plus notables de cette œuvre, car lorsque Abigail Williams, s’éloigne de ses travers de faussaire, et lorsqu’on met de côté ce mixage ou les claviers et pianos sont bien trop mis en avant, il reste quelques moments pas désagréables. Ceci étant, ceux-ci sont bien trop rares pour véritablement nous offrir la plénitude du renouveau géniale que certain nous prédisent avec cette œuvre. Mais après tout chacun est libre de se faire sa propre opinion, et surtout de se tromper.