Qui se souvient encore qu’autrefois
Gotthard fut un groupe de Hard Rock aux propos vifs et énergiques? Qui se rappelle réellement que les derniers vestiges empreints de cette délectable ardeur, trouvent leur expression la plus concrète et la plus excellente dans quelques albums qui, s’ils n’ont pas forcement révolutionné l’histoire de ce style, en ont écrits quelques unes des pages les plus intéressantes ? En des temps où l’on savait véritablement offrir une authentique alternative à la musique des leaders les plus charismatiques de cette scène,
Gotthard su proposer des œuvres sincèrement attachantes. Ainsi les qualités avérées d’un premier album éponyme sorti en 1992, ou encore celles d’un Dial Hard sorti deux ans plus tard, mais surtout d’un excellent G. sortis en 1996, ne sauront démentir cette vérité. Enivré par un succès phénoménal, qui prend racine essentiellement dans ses propres terres, le groupe décide de s’inscrire dans la vision d’une musique moins Rock mais plus FM, plus mélodique donc, et ce afin de s’approcher de sonorités moins âpres et plus «convenables» pour ne pas dire convenues, de ces groupes dont le public, le plus large possible, s’étend au-delà des sphères étriquées du microcosme Hard Rock.
Après donc une longue succession d’albums, pas forcement indispensables, desquels les adeptes originels ne sauront, assurément, pas totalement se satisfaire ; les suisses nous reviennent avec un Need to Believe plus inspiré. En effet, dès les premières notes d’un Shangri La, dont l’interminable introduction nous plonge dans une fébrilité qui ne sera apaisée qu’avec l’arrivée de ce premier riff, l'auditeur est surpris par une agréable impression de mieux. Le groupe y défend clairement une volonté plus affirmée de réussir davantage l’amalgame de ce qu’il fut autrefois, et de ce qu’il est aujourd’hui. Certes
Gotthard n’abandonne pas son visage le plus mélodique, bien au contraire, et continue de composer ces refrains avec le soin qui incombe au Hard FM, mais il a l’intelligence d’y ajouter désormais la dose nécessaire d’exaltation et de riffs plus Hard Rock pour, enfin, rendre sa musique plus savoureuse. Ainsi un Shangri La plutôt réussi, un enthousiaste Unspoken Words, un I Don’t Mind au riff très australien, un Right From Wrong aux guitares plus nerveuses et plus sombres, un I Know, You Know dont l’entame est une romance doucereuse mais qui prend une dimension plus efficace dès l’arrivée de guitares saturées, un Rebel Soul ou encore un Ain’t Enough sont autant de titres qui s’inscrivent parfaitement dans cette tentative neuve et appréciable. Même si, soyons honnêtes, l’ensemble est loin d’être aussi bon que l''admirable G..
Cependant ce Need to Believe aura l’avantage de proposer un sentiment suffisamment agréable pour être moins anecdotique que ces prédécesseurs. Cela suffit-il à faire de ce disque un instant incontournable ? Un moment inoubliable ? Un saisissement mémorable ? Non, bien évidement. Et ce d’autant plus que
Gotthard, avec ce disque, n’aura pas su se départir de cette fâcheuse habitude embarrassante de noyer ses propos les plus virulents sous les flots larmoyants de multiples ballades, morceaux émus, titres romantiques, et autres sucreries dispensables. Débattre de l’intérêt de telles chansons, défendus par des arguments bâtis sur les goûts de chacun, est, convenons-en, tout à fait légitime. Mais est-il réellement nécessaire de proposer autant de ces titres à chaque album ? Si la question peut paraitre insignifiante, elle me paraît, quant à moi, primordiale. Quoiqu’il en soit, en dehors d’un délicieux Need to Believe, power ballade dans la plus pure tradition du genre, les Unconditionnal Faith, Don’t Let Me Down, et dans une moindre mesure Tears To Cry ne sont que des souffles de vent qui vous caresseront à peine l’esprit, mais qui ne s’inscriront jamais dans le souvenir éternel d’une émotion tenace. De plus, mais comme à l’habitude, ces titres offrent, à l’ensemble de ce disque un équilibre précaire. Cette inégalité flagrante d’émois bien trop disparates, de rythmes bien trop variables,fait naître une impression, au final, assez bonne mais décevante. L'amertume nous étreint et le sentiment que ce Need to Believe aurait pu être bien meilleur encore, grandit alors.
Si cette œuvre s’inscrit indéniablement dans ce que le groupe a fait de mieux depuis bien longtemps, elle n’en demeure pas moins encore bien trop pétri de défauts pour réellement faire de
Gotthard un groupe emblématique du genre (et ce même si l’immobilisme créatif inepte des plus illustres anciens conjugué à la volonté de plus jeunes espoirs à ne pas vouloir proposer de réelle nouveauté, en offre le spectacle d’une scène poussive et sans âme). Cependant, au milieu de la pauvreté créative ambiante, il n’en demeure pas moins que
Gotthard, à défaut de briller, s’en sort avec les honneurs. Et c’est déjà pas si mal, après tout.