La France a toujours eu un train de retard dans le rock. A l'heure où on se défonçait au LSD au Royaume Uni avec les Stones et les Beatles, dans nos contrées Johnny et Antoine représentait ce qu'il y avait de plus péchu. Quand Jefferson Airplane et Hendrix faisaient planer les USA Cloclo déplaçait les foules. Heureusement, Téléphone, puis
Trust et les Béruriers Noirs prirent acte de la révolution punk et donnèrent un peu de rock dans nos contrées, suivis par la Mano Negra et Noir Désir, pour ne citer que les plus connus. Donc, en 1997, il ne s'agit pas de rattraper son retard quand le rock alternatif est à son apogée (ou presque), mais d'exceller, de briller, de cartonner. Autant le dire tout de suite, c'est réussi.
Le constat de cet Utopia est en effet que tout déménage. Dans une optique profondément revendicatrice, voire révolutionnaire et subversive,
No One Is Innocent fait un sans faute. Cela semble en décalage avec le visuel "cool" de la pochette, mais le but principal de ce disque est de réveiller l'auditeur, de le faire sortir de chez lui, contester, se révolter, par les moyens d'un groupe de rock, c'est à dire de la musique et des paroles. Objectif atteint, et d'une façon flamboyante.
Les textes sont alarmistes et directs, exprimant toute l'urgence ressentie par le groupe. Nomenklatura et Autobahn Babies expriment parfaitement la décadence d'une societé post moderne, virant au totalitarisme, et l'urgence de la révolte. Un peu comme un cocktail molotov auditif. Et si Chile donne l'impression d'une certaine naïveté, Ce Que Nous Savons pose clairement un discours engagé et désabusé à la fois. Très clairement, le groupe ne veut pas abandonner mais est dégouté par le cynisme de l'Occident face aux massacres commis dans le reste du monde.
Musicalement, rien à redire non plus. Il y a du gros riff là dessous, mais jamais No One ne tombe dans la surenchère saturée.Toujours, ce qu'il faut entendre se laisse entendre, et la guitare ne prend pas le pas sur le texte, ni inversement. Usant de samples de manière très efficace,
No One Is Innocent distille une atmosphère cyberpunk tendance post apocalyptique. Evidemment, cela surprend quand on sait qu'ils seront l'auteur de Revolution.com ! Mais n'anticipons pas... Et notons la présence de Maurice G. Dantec qui récite quelques passages de son roman Les Racines Du Mal. Là aussi c'est ironique, car l'écrivain se fera connaître pour ses positions traditionnalistes, ce qui détonne après avoir sur son CV une collaboration avec un groupe de rock industriel alternatif...Surtout sur un album pareil, sans concession, qui donne envie de s'insurger et de former un black bloc !
Toujours est-il que cet opus est une franche réussite. Entre titres explosifs (Black Garden, Chile, Women, 2 People) et ballades de fin du monde (Amère, Autobahn Babies, Neuromatrix ) rien n'est à jeter. Un disque cohérent et burnée: à part la liberté, que le peuple peut-il demander de plus ?