Il est bon de profiter de la réédition prochaine de cet album par Listenable Records (!), le 23
Novembre 2009 avec un bonus track pour se pencher une nouvelle fois sur cet album de
Black Rain.
Parce que lorsqu'on l'écoute, on vit une espèce de paradoxe temporel. On rentre dans une machine à remonter le temps et, voyageant dans les méandres d'un Multivers capricieux, on se retrouve dans une réalité parallèle, où le grunge n'est jamais apparu, où la Guerre du Golfe n'a jamais éclaté, où les Balkans ne se sont jamais déchirés et où aucun massacre n'aurait été perpétré au Rwanda. Et bien sûr, où les évènements tragiques du onze septembre se résumeraient à la sortie de l'album
God Hates Us All de
Slayer. Bref, un monde pas forcément idyllique, mais où il régnerait encore une espèce de fun et d'insouciance qui sur notre plan ne font plus forcément bon ménage avec le metal.
Et ce
License To Thrill nous prend par la main pour nous mener jusqu'à cette machine que certains vieux fans du genre imaginent souvent dans leurs rêves avec une nostalgie évidente. Ce disque sent bon les années 80, tellement qu'il pourrait être un produit de l'époque, dopé par une production aux petits oignons. On y retrouve tous les ingrédients qui faisaient le charme de la scène US : des mélodies gentiment sucrées qui ne parvenaient pas tout le temps à cacher l'agressivité de la guitare, un chanteur à la voix aiguë qui évoque le rock, les filles, l'entertainment et le cul avec des paroles qui ne se prennent jamais le chou, une facilité d'accès et une bonne humeur qui ferait faire un french cancan à une danseuse de revue rattrapée par le poids des ans.
Bref, si vous aimez
Mötley Crüe, ce
Black Rain est le groupe qu'il vous faut pour compléter votre collection. L'influence du Crüe est en effet énorme, comme au début des années 80 me direz-vous. On reconnait bien les ambiances chères à la bande à
Nikki Sixx, avec des lignes vocales qui pourraient franchement coller à
Vince Neil. Jetez une oreille attentive sur
True Girls Are Sixteen et vous serez irrémédiablement transportés en 1981, à l'époque de
Too Fast For Love.
Et la formule marche, ces frenchies ont tout compris à cette musique. Même si on peut relever nonchalamment un certain mimétisme, difficile de faire la fine bouche face à cette accumulation de titres péchus, transpirant la simplicité, mais dont les refrains sont toujours là pour vous pousser à chanter en choeur. Parfois très incisif, comme sur un
Rock Your City énervé,
Black Rain sait également poser le jeu pour des mid tempos accrocheurs. Difficile de résister au remuant
Innocent Rosie qui vient faire tressauter irrésistiblement les fessiers (ou comment faire son fitness avec du metal, les filles, pensez-y !). Cependant, l'album s'essouffle quelque peu passé sa moitié, l'effet de surprise ne fonctionne plus tout à fait de la même manière. Les refrains paraissent moins percutants, les morceaux deviennent lassants quand ils avoisinent les cinq minutes. Et
Swan, le chanteur, montre clairement ses limites sur les mediums, ce qui saute aux oreilles quand on écoute la ballade
No Forever, un peu trop conventionnelle de toute manière.
La réédition comprend également une autre ballade en guise de bonus track. Ceux qui ont aimé
No Forever seront comblés, les autres découvriront un morceau cousu de fil blanc, mais qui a un petit quelque chose qui vous caresse suavement les tympans.
L'album est toujours aussi bon et on prend un réel plaisir à rentrer dans le monde pailleté de
Black Rain. Et cette réédition chez Listenable Records, au milieu des brutes du genre, leur offrira enfin une distribution digne de ce nom. Et cela permettra à un plus grand nombre de faire ce voyage dans les confins du Multivers, jusqu'à Paradise City, où les nanas sont jolies. Parce qu'un disque comme ça, franchement, ça fait du bien.