Discouraged Ones est un album étrange. En effet, après avoir pondu deux très bons opus tapant dans un doom-death à tendance mélancolique,
Katatonia a complètement revisité son style pour verser dans un son bien plus calme, posé, et relativement facile d'accès. Et ça a commencé avec ce
Discouraged Ones.
Devinez un peu la surprise de ceux qui s'attendaient en 1998 à une suite logique de la paire Dance of December Souls-Brave Murder Day!
Après un petit coup d'oeil à un artwork plutôt étrange mais assez réussi, concentrons-nous sur la musique du groupe.
"I Break" arrive et balance un riff incroyablement lourd, oppressant, et terriblement sombre et triste. Et hop, fini Monsieur Akerfeldt, Jonas Renkse revient derrière le micro, totalement en chant clair, et ce sur chacun des onze morceaux de ce troisième opus. Du coup, le côté dépressif et effroyablement froid des compositions prend une ampleur intéressante, sublimé par le chant ultra-expressif de Jonas. Il suffit d'écouter des titres comme "Stalemate", "Relention" ou encore "Gone" pour voir l'étendue du talent du chanteur...
Evidemment, Anders Nyström est également toujours aussi inspiré. Il excelle dans l'élaboration de riffs calmes, sombres et posés, comme sur "Last Resort", "Saw You Drown", l'excellent "Instrumental" (qui démontre d'ailleurs l'immense talent de composition de
Katatonia). La basse est elle-aussi excellente, très bien mise en avant ("Relention"), ce qui a pour effet d'appuyer sensiblement le côté sombre et triste du groupe. La batterie, assurée par Jonas, n'est pas tellement technique, disons que le bonhomme assure ses parties, sans plus.
Le nouveau son de
Katatonia se développe au fur et à mesure que l'album passe. "Gone" dévoile un côté un peu plus sale avec son riff gras, tandis que "Deadhouse" laisse une petite note d'espoir, rapidement balayée par les atmosphères aériennes et mélancoliques qui jalonnent ce morceau (la petite interlude "maritime" est très bien vue, je ne vous en dit pas plus et vous la laisse découvrir...). "Distrust" sonne quant à lui la fin de cet album et s'annonce comme une réelle descente aux enfers, son côté incroyablement désespérée et mélancolique jaillit au grand jour pour notre plus grand plaisir.
Bref, vous l'aurez bien compris, les onze compositions de ce troisième opus ne sont pas répétitives, chacune exploitant à fond la nouvelle tournure du groupe, qui définira le son des futurs
Katatonia.
Alors
Discouraged Ones, est-il meilleur que les albums précédents? Pas spécialement meilleur non, mais différent, ça c'est sûr. Le son adopté ici reflète une volonté du groupe de se sortir des carcans de son doom-death pour se projeter dans une musique émotionnellement bien plus intense, désespérée mais toujours éclairée par une lueur d'espoir, qui au final sera amené à disparaître.
En conclusion, même si ce brusque changement de direction s'avère être déroutant au début, la qualité se révèle au fil des écoutes.
Katatonia est un groupe talentueux et l'a toujours été. Maintenant, une seule question subsiste: pourquoi s'en priver?