Forcément critiqué par nombre de metalheads pratiquant des autodafé d’albums commerciaux,
Linkin Park a toujours été vu comme une machine à fric illégitime, et ce depuis son premier album, Hybrid Theory, majoritairement oublié depuis les récentes erreurs du combo californien. Car depuis ce LP, la bande à Chester a enchainé les essais moyens, un Meteora façon « je refais la même chose sans la même imagination », un Minutes to midnight Pop-indigeste et A thousand suns, horripilant d’inintérêt. Avec une actualité si décriée, il convient de replacer Hybrid Theory au centre des attentions, de le remettre à la place qu’il mérite : celle de l’excellence.
Le mélange détonnant proposé par
Linkin Park en cette année 2000 est le schéma global de la révolution – qui n’est pas à négliger – engagée par la vague dite Neo-Metal. Des influences puisées dans divers genres externes et peu usités à l’époque ; dans le cas des américains, un Metal marqué par le Hip Hop et l’Indus ainsi que l’Electro, dans une certaine mesure. A l’écoute de Hybrid Theory c’est l’image d’un arc-en-ciel qui se dessine, chaque morceau correspondant à une couleur diverse, si différent et si indispensable à la construction d’un album digne de ce nom. Jamais égalé par la suite, le premier
Linkin Park possède tout le génie que le groupe a perdu par la suite : une science de la composition et de la juste mélodie.
D’un « Paper cut » aux couplets Rap entrainant sur fond de guitares lourdes et ambiances plus aériennes à « By myself », terriblement Indus et efficace en passant par « In the end », plus mélodique et au refrain mémorable ou encore « Points of authority » plus groovy et ambiancée,
Linkin Park ratisse large, joue de ses deux chanteurs comme jamais ; Chester d’un côté, pousse la guelante comme si sa vie en dépendait (la fin de « One step closer », diabolique avec ses platines) et Mike de l’autre, usant de son phrasé Rap avec brio et sans exagération (« Paper cut »). Les compositions s’enchainent sans temps mort, l’album ne comportant qu’une seule interlude très travaillée – quelle belle époque – « Cure of the itch », Electro ambient bienvenue.
Dans Hybrid Theory, nulle place à la fioriture et au superficiel, oubliez les morceaux sans âme, ils transmettent pratiquement chacun quelque chose, racontent une histoire, font vivre des choses chez l’auditeur. Ils sentent le vécu. Chose qui ne se reproduira pas par la suite, on a bien l’impression d’être face à un groupe en cohésion, en pleine quintessence, faisant fusion des ses instruments pour mieux servir le dieu Musique. Exit instrument qui se détache vraiment, l’ensemble semble privilégié, à l’écoute, on pense
Linkin Park comme de la volonté d’un seul homme, signe d’une réussite dans la construction et la composition.
Cela n’empêche cependant pas le groupe de faire des faux pas au travers de titres moins intéressants, à l’instar du final « Pushing me away », peu imaginatif ou « Forgotten », aux mélodies pas vraiment inspirées. Ce serait en revanche dommage de ne retenir que ces deux titres parmi la foule de bons éléments garnissant le LP, sachant que les récents essais sont là pour ça. Blague à part, Hybrid Theory, s’il n’est pas un chef d’œuvre comme le pourrait être le premier EP désormais introuvable de la formation, est l’excellence même, l’essai que
Linkin Park n’a jamais pu égaler, celui que les fans de la première heure regardent avec des étoiles dans les yeux, espérant à chaque sortie un niveau semblable, illusion ô combien pathétique. On y revient donc avec nostalgie, comme près d’un manifeste plein de promesses, jamais suivi après la mort de son auteur.