Nombreux sont ceux qui, légitimement, s’accorde à dire que la genèse du mouvement Death Metal trouve son point d’origine au début des années 80 au sein de la scène américaine. Mais si le mouvement, duquel émergea les
Obituary, Death et autres
Possessed, fut le théâtre d’un incroyable changement de mentalité, désormais, dévoué à une agressivité plus prégnante encore, il s’handicapa aussi d’emblée d’une exhortation musical basé, principalement et quasi uniquement, sur cette même agressivité. La palette des émotions ainsi choisies, bien plus étriqué que celle, par exemple, de son cousin Black Metal, ne lui permettrait donc pas, sans évolution salutaire, de continuer à s’exprimer sans mal. Cette évidence, qu’énoncèrent bientôt ouvertement les principaux acteurs de cette mouvance, allait, bien heureusement, offrir la perspective à de nouveaux groupes d’explorer de nouveaux territoires vierges. Ainsi, de sa Suède natale,
Entombed, groupe formé en 1987 sous le nom de Nihilist, va éclaircir l’horizon obscurci par cette surabondance de groupe similaire, en donnant un souffle nouveau au mouvement tout entier, et ce dès son premier méfait, Left Hand Path, sortis en 1990, chez Earache Records et qui se démarque d’emblée de son cousin américain.
Pour concrétiser cette différence essentielles, les suédois vont commencer par donner une sonorité très particulière à leur musique en traitant les guitares de manières très singulière et ce en les accordant différemment. Ainsi l’ambiance lugubre qui s’en dégage s’inscrit immédiatement dans une nouveauté séduisante. Cette atmosphère inquiétante délicieuse est d’autant plus renforcée par les chants gutturaux sépulcraux d’un LG Petrov remarquable. Mais ces qualités aussi respectables et séduisantes soient-elles, ne sont pas de natures suffisantes à expliquer l’engouement que suscita cette œuvre que chaque adepte de Death Metal voulut légitimement posséder. Il règne au cœur des lieux putrides de ce Left Hand Path un groove entrainant singulier. En effet là où d’autre auront privilégié les déferlements de dévastation écrasante,
Entombed aura, quant à lui, préféré ceux plus musicalement entrainant dont l’esprit nous rappelle, souvent, ceux du Punk, voire du Rock (When Life Has Ceased, l’excellent Bitter Loss, Carnal Leftlovers ou, par exemple, Premature
Autopsy). Mais si le groupe excelle dans une sorte de Death’n’Roll’n’Punk terriblement efficace, il n’est pas vraiment maladroit dans l’exécution de titre, ou de passages, lancinant dans lesquelles sa froide noirceur sonore s’exprime, évidemment, pleinement. Ainsi peut-on entendre ces superbes complaintes délicieusement accablantes sur des titres tels que l’exceptionnel Left Hand Path, ou encore, par exemple, tels que Morbid Devourment.
Bien évidemment aujourd’hui l’album n’a plus, pour certains, que valeur symbolique en comparaison de tous ceux, qui s’inspirant sans scrupules de ses atmosphères et des ses idées, en ont reproduis, et parfois améliorés, le concept. Ce déferlement scandinave à l’identité culturellement marqué par ses terres natales étant, à ce jour encore, très productif. Il reste cependant, à ce Left Hand Path, tous le charme de ces première fois, et quand bien même celui-ci laisserait indifférent, l’œuvre, au-delà de sa valeur historique évidente d’instigatrice de toute une scène, demeure un excellent album.