Au début des années 80, un groupe terrorise l'Angleterre et malgré de grosses lacunes musicales, cette formation sera déterminante, avec
Motörhead, quant à l'évolution du metal dans les années qui suivront. Vous les aurez reconnus, ce sont les abominaffreux
Venom dont il est question. La bande à Cronos, avec son look extrême (cuir et cartouchières, moins SM que
Judas Priest, plus radical que le blouson en jean badgé de Lemmy) et son nihilisme musical, son rock hard primaire boosté par une rapidité d'exécution rare pour l'époque. Et partout dans le monde, des jeunes ont trouvé ça génial : brutal, limite bruyant, des pochettes sataniques qui confirment le look démoniaque des musiciens, la tronche éplorée des parents découvrant l'achat maudit de leur progéniture... Il n'est donc pas étonnant que de nombreux groupes s'en soient inspirés, comme
Voivod,
Metallica,
Slayer,
Sepultura au Brésil et
Celtic Frost en Suisse, sans oublier les Américains de
Possessed.
Dès 1983, le groupe avait commencé à faire du bruit du côté de San Francisco. Musicalement nourri à
Venom, une forte influence
Slayer n'est pas à renier pour la brutalité générale de leur musique. Cuir, bracelets à clous, satanisme et mort, voilà les thèmes de prédilection de la jeune formation qui nomme par ailleurs son premier EP, devenu légendaire et quasi introuvable, Death Metal. Tout un programme.
Et leur premier LP,
Possessed, voit le jour début 1985. A cette époque,
Venom n'est plus que l'ombre de lui-même, l'album...
Possessed sera un signe pertinent de leur déclin,
Metallica et
Slayer s'étaient chargés de prendre la relève, tandis qu'en Europe
Destruction avait prononcé sa Sentence Of Death. Mais ce qu'allait proposer
Possessed allait bouleverser la donne de façon tangible. Si le thrash était alors considéré comme l'autel de violence sonore, le quatuor allait pimenter l'addition de façon particulière. Basé sur le travail de
Venom, la musique se veut donc rapide, brutale. Et la distorsion est poussée à l'extrême, rendant l'ensemble plus bourrin et également, plus brouillon. Un son sale, donc, qui va à merveille pour mettre en valeur le chant vomi par
Jeff Bereca. Ce dernier n'est pas à proprement parler génial. On note d'ailleurs que majoritairement, ce dernier s'est beaucoup inspiré du style de
Cronos, c'est à dire des vocaux arrachés, écorchés. Mais là où l'homme a franchi un cap décisif, c'est quand il a décidé d'opter pour une approche plus gutturale sur certains passages, pour certaines compositions, un chant qui va révolutionner le metal. Ainsi,
Death Metal, que l'on peut considérer comme la réponse au
Black Metal des trois de Newcastle est un acte de naissance. La basse claque, la batterie est un roc solide, les guitares sont un mur incompressible et la voix est ce petit truc en plus qui permet à
Possessed de sortir du lot et de devenir, sans le savoir (encore), un groupe fédérateur. Il suffit de se pencher sur les aveux sincères d'un Chuck Schuldiner pour comprendre à quel point
Possessed fut déterminant.
Même si l'on n'échappe pas à une certaine redondance sur cet album, il convient de noter que le thrash pratiqué par cette bande de joyeux lurons est brutal et que cette brutalité n'empêche pas la linéarité. Un défaut commun à de nombreux groupes du style qui s'appuient souvent sur une bonne idée de riff et qui peinent à prolonger leurs efforts. En 1985, ce mélange entre
Slayer et
Venom avait un goût de souffre savoureux malgré ses défauts.
Sans être parfait,
Seven Churches est un des disques important du metal. Le détonateur nécessaire à l'émergence d'une nouvelle scène qui commençait déjà à grossir dans l'ombre alors que le thrash terrorisait les foules.
Possessed aura eu une carrière très courte, mais les musiciens peuvent être fiers du travail accompli : ils sont les pères d'une des scènes les plus prolifiques et si ce premier album n'est pas un chef d'oeuvre, il n'en demeure pas moins un disque solide et efficace. Et culte, indéniablement.