Après
Terra Incognita, première galette annonciatrice d’un groupe en devenir, on se demandait ce que le prometteur groupe
Gojira pouvait nous offrir. Avec The Link,
Gojira semble légèrement changer de voie. La production est faite entièrement maison et le thème semble plus personnel que chez son prédécesseur. Alors, cap du deuxième album passé avec succès ou déception majeure ?
Les pochettes de
Gojira sont sobres. Après l’énigmatique
Terra Incognita et son homme recroquevillé sur lui-même, symbole de l’Homme perdu dans son propre monde, The Link semble plus étrange encore. Un arbre blanc sur fond rouge, dessiné main par le chanteur-guitariste Joe Duplantier. L’artwork est lui aussi sobre, dévoilant des fonds faits de photos de forêts. On s’attend à du hippie il faut le dire. Et pourtant, ce n’est pas la première chose que l’on pense à l’écoute du premier morceau éponyme. Si son intro semble sortir d’une tribu, avec ces chœurs spirituels proche du chamanisme, le reste est très lourd. C’est barré, c’est violent et viscéral. Très lent cependant, le titre possède un groove surprenant au vue de sa construction, rappelant à certains moments une danse tribale. Le chant a changé, il se fait plus fluide, plus gueulé mais plus mélodique. La technique semble approfondie et « The Link » se révèle être un putain de morceau d’entrée, peut-être d’un moindre niveau que « Clone », cependant.
Alors, on attend le reste ; quelles étrangetés connues sur
Terra Incognita Gojira va-t-il nous sortir ? Les interludes sont là : « Connected », tout en percussions tribales amorce un «
Remembrance » hallucinant et culte, titre-phare de l’album, extrêmement rapide et technique, violent et à la fin décoiffante. Ce sentiment de rage se retrouve sur le terrible « Death of me », incroyable titre dont le long pont central engendre une montée d’adrénaline inhumaine et dont le groove démoniaque affaiblirait n’importe quel esprit. On se sent habité par quelque chose…
Gojira semble jouer avec nous. « Wisdom comes », morceau issu de leur dernière démo du même nom est un titre expéditif, violent, complètement désaxé et jouissif.
Gojira expérimente des riffs étranges, comme sur le barré «
Inward movement », à la fin figée.
Les titres sont alors excellents et porteurs d’une ambiance unique. « Indians » est un cri du cœur porté à la Nature, chaque être descend d’une tribu indienne, il possède un lien avec sa terre. Le morceau est groovy et semble être autre chose que du Death. Joe chante véritablement malgré une saturation évidente de la voix, il dévoile des trésors de mélodie que
Terra Incognita n’avait pas. Joe chante avec son cœur, et on se sent véritablement transporté par ses paroles et le message qu’elles véhiculent. Titre énorme donc, avec sa fin qui laissera couché n’importe quel auditeur, « Indians » est complété par « Embrace the world », véritable hymne avec son refrain soutenu par des chœurs tribaux : « I embrace the world ! ».
Gojira va loin dans le Death metal, propulsant sa musique à des années lumières des conceptions basiques du genre, poussant la réflexion vers des zones restées en suspens : il consacre son deuxième album à la Nature, The Link, ce lien entre l’Homme et la Terre. Un album personnel en quelque sorte et spirituel :
Gojira nous ouvre son cœur et ses croyances.
Alors voilà, chaque morceau est énorme, les instrumentaux « Torii », tout en ambiance à la manière de « 04 » dans
Terra Incognita, et « Dawn », morceau composé par le batteur Mario Duplantier dégageant une atmosphère aérienne par des notes de samples magnifiques avant une fin lente et lourde.
Gojira n’oublie pas de lâcher des ovnis comme l’étrange « Over the flows », au chant limite parlé sur des couplets légers qui se transforme en cri du cœur qu’entraine des guitares toujours aussi percutantes. Il devient alors utile de parler du son, point important de l’album car détail pouvant rebuter et porter à défaut le CD. Le mix et l’enregistrement étant maison, le son est assez brouillon au prime abord, donnant le sentiment d’écouter une bouillie inaudible. Sentiment rapidement mis aux oubliettes après quelques écoutes. Si la production est effectivement crade, elle est finalement très personnelle et donne à ce The Link un charme assez inexplicable qui relèvera cette fois du subjectif.
Subjectif, c’est un des termes qui revient pour parler de The Link. Objectivement, l’album possède des morceaux énormes («
Remembrance », « Death of me », « Indians », « Embrace the world »…) mais il est en revanche trop court et apparait un peu trop homogène à la différence de
Terra Incognita. On reconnaitra au groupe une capacité de renouvèlement énorme,
Gojira se foutant de ce que l’on attend de lui, nous délivrant un album personnel et intense, peut-être le plus personnel de leur carrière. Les Landais réussissent aussi à sortir de leurs influences (en particulier
Morbid angel) malgré l’impression d’entendre des sonorités propre à
Neurosis (« Embrace the world » et ses sons de guitares particuliers), autre influence du groupe. Le chant de Joe a évolué, il est moins monotone, plus travaillé, et nous transporte à la manière de la parole d’un sage. Assurément plus technique, mais peut être moins travaillé que
Terra Incognita, il possède en revanche une ambiance plus prenante. The Link possède peut être une production moins bonne mais elle se révèle plus intéressante pour l’atmosphère, son originalité du propos est hors-norme et après plusieurs écoutes attentives, ce deuxième album de
Gojira prouvera à tous qu’il possède une âme, et ça ce n’est pas donné à toutes les créations. C’est surprenant et terriblement spirituel,
Gojira est véritablement un groupe à part.