Si
Mob Rules se forme en 1994, en empruntant son nom à un album de
Black Sabbath, ce n'est qu'en 1999 que ces sympathiques Allemands sortent leur premier album, Savage Land. Et, pour un galop d'essai, on peut dire que nos Teutons ont vu les choses en grand puisqu'ils proposent une espèce de fable philosophique parlant du déclin de l'humanité. Et quand on regarde la pochette, le désert et les décors donnent une forte impression de post-apocalyptique à la Mad Max.
Après un prologue inutile,
Mob Rules se met en marche et délivre un heavy metal carré et mélodique. Pas de tempo très élevé, pas de chant qui cherche à atteindre des notes peu communes pour une voix masculine. Partout le groupe favorise les médiums et se détache ainsi d'une bonne partie de la scène de son pays, alors en plein revival (
Edguy allait exploser avec le
Theater Of Salvation). Le
spectre d'
Helloween ne flotte donc pas sur cette oeuvre, pas directement. Bien malin serait celui qui parviendrait à prouver que les Keepers représentent le Graal de ces Allemands-là.
Bien sûr, il n'y a pas que des mid tempos.
Mob Rules sait également organiser une petite speederie de temps en temps, comme sur
Savage Land Part I (Strangers In Time) où les guitaristes se livrent d'ailleurs à un excellent duel durant les soli.
Klaus Dirks n'est pas encore tout à fait à la hauteur en revanche. Son chant est parfois trop monotone ou manque singulièrement de puissance. Et c'est l'absence de relief sur les titres bien heavy qui sera le plus déstabilisant pour l'auditeur. Autant les ballades sont un terrain sur lequel il s'en sort bien, autant il peut être décevant sur certains passages plus lourds (
Coast To Coast par exemple).
Mais bien sûr, le plus important reste la progression dans l'histoire. Plutôt que de jouer une carte progressive qu'ils semblent parfois vouloir épouser, les musiciens proposent plutôt de courts morceaux directs, avec quelques pièces plus conséquentes dans la foulée. Cela se construit comme des chapitres et à certains moments, la dramatique se fait ressentir. Sans forcément hausser le ton où chercher à faire de l'épique pour se donner un style,
Mob Rules se construit pièce par pièce, devant nous. Et de temps en temps, ils usent d'artifices pour donner une couleur supplémentaire à leurs compositions, souvent inattendues, comme ces cornemuses à la fin de
Rain Song ou cette flûte au début de
Secret Signs qui laisse naître un riff d'inspiration folk. Le groupe n'est pas toujours où on l'attend et il donne l'impression de chercher à se débarrasser rapidement de cette étiquette qui ne manquera pas de lui coller à la peau, celle de groupe de heavy teuton avec tous les clichés que cela suppose.
Le résultat est un peu bancal par moment, mais les idées sont déjà là et si le point d'orgue reste cette charnière centrale, ce triptyque qu'est le
Savage Land, il est bon de s'attarder également sur le reste qui se dévoile petit à petit, et qui prouve que
Mob Rules ne s'inscrira pas dans une tradition bien allemande. Et si
Edguy va récolter des lauriers à cette époque avec sa gnaque et son humour, le sérieux de
Mob Rules le desservira quelque peu ; le fait qu'ils débarquent après tout le monde également. Et pourtant, le groupe dispose de sérieux atouts, qu'ils ne tarderont pas à jouer.