Evidemment.
Cela ne pourrait être autrement, les fans de
Judas Priest protesteront vigoureusement contre cette note sévère, cinglante comme un coup de fouet, sèche comme un coup de trique (et quand
Halford n'est pas loin, méfiance !). Ces mêmes fans qui pointent du doigt
Iron Maiden en critiquant vertement le nombre de sorties "inutiles" depuis quelques années. Et qui ne voudront pas admettre que dans le genre ne-sert-à-rien, ce
A Touch Of Evil Live se place aisément dans le peloton de tête.
Evidemment, ces fans se porteront en faux, leur groupe préféré ne peut pas se laisser aller à une telle bassesse. Et pourtant, cet album live est une arnaque. Pure et simple. La note pourrait être gentille par rapport à cette accusation sans complaisance. Parce qu'il faut arrêter de prendre les fans pour des cons ou pour des vaches à lait. Et depuis le retour de Rob
Halford au sein du Priest, la pratique donne presque l'impression d'être devenue une habitude, ce qui la fout mal quand on se penche sur une carrière des plus exemplaires du metal.
Depuis le retour de Rob, on a eu droit à deux albums studios inégaux et loin d'égaler la classe d'opus vieux de vingt ans. Là, on peut pardonner, passé un certain âge, un groupe peine à garder la même intensité et Nostradamus est loin d'avoir la force épique qui sied à un projet aussi ambitieux. On a également eu droit à un coffret Metalogy qui fait honteusement l'impasse sur la période
Tim Owens (quatre titres en tout, deux albums moins représentés que le bancal
Point Of Entry) ainsi que deux dvd live (dont un qui retrace un concert de 1982 disponible sur Metalogy...). Et cet album live simple, sensé présenter des chansons que
Halford n'a pas chanté sur le
Unleashed In The East ou le Priest Live ! (mais dont quelques unes ont été interprétées avec brio par son remplaçant...).
C'est une bonne initiative ! hurleront les fans invétérés du groupe qui ont déjà tous les produits cités dans le paragraphe précédent et qui retrouveront des versions audio de ce qu'ils ont vu en vidéo sur le dvd Rising In The East de 2005. A l'époque où Metal God est devenu Prompteur God en fait. Certes, il faut penser au pauvre type sans trop de moyens qui rêve d'entendre
A Touch Of Evil entonné par un Rob
Halford vieillissant plutôt que de se contenter des versions proposées avec application par le jeune Ripper Owens.
Mais
Judas Priest, c'est avec Rob et Rob est Metal God ! ne manqueront d'argumenter ces fans. Est-ce une raison pour sortir un tel produit, un simple disque de même pas une heure (à une minute près, certes...). Ah mais c'est vrai, on a l'habitude des doubles et une énième version de
Hell Bent For Leather et de
You've Got Another Thing Comin' aurait été un peu lourd, le groupe a pensé à ses fans... Peut-être. Mais alors pourquoi avoir laissé Rob à la peine sur des morceaux qu'il n'est plus capable de chanter, comme
Painkiller ou
Dissident Agressor ? C'est d'autant plus flagrant que les titres les plus récents, comprenez ceux qui datent de son retour se montrent bien plus convaincants, comme
Prophecy qui est sublimé par la scène (là où
Death dévoile clairement son manque d'envergure...). Mais le groupe n'est pas à blâmer dans sa prestation. Tipton et compagnie, à leurs âges, assurent encore bien. Cependant leur chanteur légendaire n'est plus à la hauteur de sa réputation et sa voix ne peut plus grimper.
Foutaises ! s'emporteront ces fans. Et pourtant... L'écoute de cet album est étrange, on finit clairement par se demander à quel point tout cela est overdubbé. Et de constater avec consternation que tous les albums lives sortis avec Rob
Halford sont trop propres, sujets à caution. Et ça la fout mal.
Mais les fans irréductibles y trouveront leur compte. Ceux qui ne le sont pas mais qui connaissent bien l'oeuvre du Priest ne comprendront en revanche pas l'utilité d'un tel live qui fleure mauvais, celui de l'argent facile, sur le dos des fans qui sont prêts à tout pour leur groupe fétiche. Bref, il vaut mieux se pencher sur le '98 Live Meltdown. Ce n'est pas avec Rob
Halford, mais la prestation du groupe y est immense et Owens était impérial d'un point de vue chant. Et merde ! de conclure les true fans.