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Chroniques :: Chronique de World Painted Blood

Chronique de World Painted Blood

Slayer  - World Painted Blood (Album)

 5 
10

Les oreilles ne risquent pas de saigner, elles...



Beaucoup de choses se disent autour de ce dernier Slayer. Il y a même un buzz qui voudrait que ce soit le dernier d'une série qui devenait dégénérescente. Tant mieux pourrait-on dire. En espérant que ce ne soit pas encore un effet d'annonce comme Slayer a appris à le faire pour pallier une créativité et surtout, une qualité d'écriture en berne depuis quand ? Les prémices de la chute étaient déjà clairement étalées sur un Divine Intervention insatisfaisant dans sa globalité. Le retour de Dave Lombardo en 2006 n'aura pas changé grand-chose à l'équation Slayer. La bande à Kerry King est un animal blessé, mais plutôt que d'être dangereux comme une hyène, il se laisse mourir comme une biche et c'est moche à voir. Parce que si les musiciens ont toujours le même discours ("on est intègre et Metallica pue" en gros), ils sont incapables de le prouver sur album. Ils se mentent à eux-mêmes, aux fans et il en devient étonnant de voir que l'annonce d'un nouveau disque arrive encore à faire parler d'elle comme d'un événement important. Nostalgie, quand tu nous tiens...

Bref, Slayer est de retour. C'est bien. Cela n'alimentera pas les discussions du dimanche après-midi chez Drucker, mais cela animera les files d'attentes des concerts metal de France et de Navarre. En même temps, ça électrisera l'ambiance parce que le disque est bien parti pour diviser. Certains noteront une diversité retrouvée, entre mid tempos sanguins et tueries speed comme au bon vieux temps de Seasons In The Abyss (auquel ce World Painted Blood est déjà comparé ça et là), tandis que d'autres assureront avec sadisme que oui, Slayer s'amuse à varier la vitesse de ses morceaux, mais qu'il ne sait toujours plus comment on fait pour écrire un bon riff, ou du moins, un riff qui soit un tant soit peu original. Même pour du Slayer. Prenons le morceau titre qui a la lourde charge d'ouvrir les hostilités. Il est déjà étonnant qu'à cette place, les musiciens n'aient pas choisi plus percutant. Au contraire, Jeff Hanneman pose d'abord une ambiance sur ce morceau, avant d'enchaîner avec un riff qui sent bon le vieux thrash, typiquement slayerien, classique en quelque sorte. Puis la suite... prévisible, cousue de fil blanc. Un débit de paroles proche du hardcore (qui semble intrinsèquement lié à Slayer depuis les années 90), un rythme très syncopé... La reprise après le solo où Tom Araya se livre à un laïus posé surprendra, mais ne vous en faîtes pas, le chanteur/bassiste est toujours très en voix, il le prouvera dans la foulée. Dans le domaine des morceaux rapides, c'est Kerry King qui s'amuse comme un petit fou, avec du solo par ci, du solo par là et une remise en question proche du zéro absolu. Des titres comme Snuff, Hate Worldwide ou Not Of This God, il nous en avait déjà pondus à la pelle sur Christ Illusions. Cela devient symptomatique de ce Slayer qui n'arrive pas à s'en sortir. Quelques touches hardcore, des riffs tournant dopés par un refrain qu'une bande d'ados nourrie par MTV aux USA pourra reprendre en choeur pour se la jouer rebelle (Americon, proche du désastre et d'un point de vue intégrité très discutable)...

Bref, encore une fois, les titres écrits par le tandem Hanneman/Araya sortent du lot, même s'il y a cette impression de déjà entendu qui flotte. Les morceaux sont plus posés, plus malsains, et rappellent clairement que Slayer peut être un architecte dans son domaine, mais parfois le groupe semble sauter des étapes. Certains passages auraient mérité d'être plus développés, il y a souvent trop de concision dans l'ensemble. Le thrash est une musique qui aime se développer a contrario du punk et du hardcore qui tirent leur force de durées plus courtes, pour plus de radicalisme. Et là, Slayer a le cul entre deux chaises, ne sachant pas quel camp choisir et tentant de raccrocher le wagon de la nostalgie en plus. Comme Metallica et Megadeth en somme.

Si le contenu reste perfectible, le contenant, en revanche, est un bien bel objet. Superbe double digipack où l'on trouve en DVD un court métrage inspiré par l'album et en bonus, un CD qui raconte l'histoire du groupe par Philippe Lageat et Olivier Rhouet de Rock Hard. Le livret en lui-même est épais, complet et plutôt bien foutu. Si la formation avait assuré sur tous les plans de la même manière, on aurait tenu l'album de 2009. Peut-être. Ou peut-être pas.

World Painted Blood est indigne de la réputation de Slayer. Mais quelle est-elle actuellement ? On assiste impuissant à un suicide musical depuis près de quinze ans et la façade d'intégrité affichée cache une prostituée dépassée qui casse ses prix pour rapporter de l'argent à son mac ou pour vivre. Le rocher imperturbable des années 80 n'est plus. Slayer a écrit quelques lettres de noblesses au thrash, mais il est fini, dépassé. Et ça fait mal. Parce que Slayer est Slayer et que ce nom inspirait crainte et respect. World Painted Blood est annoncé comme le dernier album. On en vient à l'espérer, il faut arrêter le massacre. Que ce nom soit encore sanctifié. Il serait trop douloureux de le honnir.



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Commentaires


Superbe chro Elric. Je partage ton sentiment. Si cet essai est le dernier de Slayer on peut pleurer.
lun. 9 nov. 09- 11:11  
Après mûres réflexions j'en suis venu à l'idée que Slayer a peut-être créé cet album dans l'espoir de contenter tout le monde en alternant morceaux rapides et lents car oui, certains aiment la période à saveur hardcore du groupe. Toutefois, comme Elric l'a bien mentionné, le groupe est affreux dans son exécution, et l'inspiration n'est pas au rendez-vous. Toute bonne chose a une fin et je crois que Slayer n'arrivera plus à fédérer ses fans comme à la belle époque.
mar. 10 nov. 09- 18:21  


World Painted Blood - Infos

Voir la discographie de Slayer
Infos de World Painted Blood
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Sortie : 2 novembre 2009
Genre : Thrash Metal
Label : American Recordings
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. World Painted Blood (05:53)paroles de World Painted Blood
2. Unit 731 (02:39)paroles de Unit 731
3. Snuff (03:42)paroles de Snuff
4. Beauty Through Disorder (04:36)paroles de Beauty Through Disorder
5. Hate Worldwide (02:55)paroles de Hate Worldwide
6. Public Display of Dismemberment (02:34)paroles de Public Display of Dismemberment
7. Human Strain (03:09)paroles de Human Strain
8. Americon (03:22)paroles de Americon
9. Psycopathy Red (02:26)paroles de Psycopathy Red
10. Playing With Dolls (04:13)paroles de Playing With Dolls
11. Not of This God (04:20)paroles de Not of This God
écouter : Ecouter l'album

Slayer

Slayer
Slayer
Voir la page du groupe
Création : 1981
Genre : Thrash Metal
Origine : États-Unis

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