Beaucoup de choses se disent autour de ce dernier
Slayer. Il y a même un buzz qui voudrait que ce soit le dernier d'une série qui devenait dégénérescente. Tant mieux pourrait-on dire. En espérant que ce ne soit pas encore un effet d'annonce comme
Slayer a appris à le faire pour pallier une créativité et surtout, une qualité d'écriture en berne depuis quand ? Les prémices de la chute étaient déjà clairement étalées sur un
Divine Intervention insatisfaisant dans sa globalité. Le retour de
Dave Lombardo en 2006 n'aura pas changé grand-chose à l'équation
Slayer. La bande à
Kerry King est un animal blessé, mais plutôt que d'être dangereux comme une hyène, il se laisse mourir comme une biche et c'est moche à voir. Parce que si les musiciens ont toujours le même discours ("on est intègre et
Metallica pue" en gros), ils sont incapables de le prouver sur album. Ils se mentent à eux-mêmes, aux fans et il en devient étonnant de voir que l'annonce d'un nouveau disque arrive encore à faire parler d'elle comme d'un événement important. Nostalgie, quand tu nous tiens...
Bref,
Slayer est de retour. C'est bien. Cela n'alimentera pas les discussions du dimanche après-midi chez Drucker, mais cela animera les files d'attentes des concerts metal de France et de Navarre. En même temps, ça électrisera l'ambiance parce que le disque est bien parti pour diviser. Certains noteront une diversité retrouvée, entre mid tempos sanguins et tueries speed comme au bon vieux temps de
Seasons In The Abyss (auquel ce
World Painted Blood est déjà comparé ça et là), tandis que d'autres assureront avec sadisme que oui,
Slayer s'amuse à varier la vitesse de ses morceaux, mais qu'il ne sait toujours plus comment on fait pour écrire un bon riff, ou du moins, un riff qui soit un tant soit peu original. Même pour du
Slayer. Prenons le morceau titre qui a la lourde charge d'ouvrir les hostilités. Il est déjà étonnant qu'à cette place, les musiciens n'aient pas choisi plus percutant. Au contraire,
Jeff Hanneman pose d'abord une ambiance sur ce morceau, avant d'enchaîner avec un riff qui sent bon le vieux thrash, typiquement slayerien, classique en quelque sorte. Puis la suite... prévisible, cousue de fil blanc. Un débit de paroles proche du hardcore (qui semble intrinsèquement lié à
Slayer depuis les années 90), un rythme très syncopé... La reprise après le solo où
Tom Araya se livre à un laïus posé surprendra, mais ne vous en faîtes pas, le chanteur/bassiste est toujours très en voix, il le prouvera dans la foulée. Dans le domaine des morceaux rapides, c'est Kerry King qui s'amuse comme un petit fou, avec du solo par ci, du solo par là et une remise en question proche du zéro absolu. Des titres comme
Snuff,
Hate Worldwide ou
Not Of This God, il nous en avait déjà pondus à la pelle sur Christ Illusions. Cela devient symptomatique de ce
Slayer qui n'arrive pas à s'en sortir. Quelques touches hardcore, des riffs tournant dopés par un refrain qu'une bande d'ados nourrie par MTV aux USA pourra reprendre en choeur pour se la jouer rebelle (
Americon, proche du désastre et d'un point de vue intégrité très discutable)...
Bref, encore une fois, les titres écrits par le tandem Hanneman/Araya sortent du lot, même s'il y a cette impression de déjà entendu qui flotte. Les morceaux sont plus posés, plus malsains, et rappellent clairement que
Slayer peut être un architecte dans son domaine, mais parfois le groupe semble sauter des étapes. Certains passages auraient mérité d'être plus développés, il y a souvent trop de concision dans l'ensemble. Le thrash est une musique qui aime se développer a contrario du punk et du hardcore qui tirent leur force de durées plus courtes, pour plus de radicalisme. Et là,
Slayer a le cul entre deux chaises, ne sachant pas quel camp choisir et tentant de raccrocher le wagon de la nostalgie en plus. Comme
Metallica et
Megadeth en somme.
Si le contenu reste perfectible, le contenant, en revanche, est un bien bel objet. Superbe double digipack où l'on trouve en DVD un court métrage inspiré par l'album et en bonus, un CD qui raconte l'histoire du groupe par Philippe Lageat et Olivier Rhouet de Rock Hard. Le livret en lui-même est épais, complet et plutôt bien foutu. Si la formation avait assuré sur tous les plans de la même manière, on aurait tenu l'album de 2009. Peut-être. Ou peut-être pas.
World Painted Blood est indigne de la réputation de
Slayer. Mais quelle est-elle actuellement ? On assiste impuissant à un suicide musical depuis près de quinze ans et la façade d'intégrité affichée cache une prostituée dépassée qui casse ses prix pour rapporter de l'argent à son mac ou pour vivre. Le rocher imperturbable des années 80 n'est plus.
Slayer a écrit quelques lettres de noblesses au thrash, mais il est fini, dépassé. Et ça fait mal. Parce que
Slayer est
Slayer et que ce nom inspirait crainte et respect.
World Painted Blood est annoncé comme le dernier album. On en vient à l'espérer, il faut arrêter le massacre. Que ce nom soit encore sanctifié. Il serait trop douloureux de le honnir.