A moins que vous ne soyez resté en hibernation durant les vingt dernières années ou que vous ne vous soyez trompé de page, il est fort probable que vous ayez déjà entendu parler de ce qu’on a appelé la « seconde vague » du black metal. Né en Norvège au début des années 90, ce mouvement comprenait des groupes pionniers tels que
Mayhem,
Darkthrone,
Gorgoroth,
Emperor,
Burzum,
Immortal ou encore
Satyricon. Cette vague s’inscrivit à ses origines dans une vision très particulière, souvent basée sur une violence crue à l’imagerie satanique, misanthropique et nihiliste. Inutile de rappeler ici les évènements auxquels conduisit parfois cette vision poussée à l’extrême dans la Norvège des années 90.
Urgehal, groupe créé en 1992, ne fait pas partie des formations « historiques » les plus connues du mouvement comme celles citées plus haut. Cependant, et contrairement à certains autres de leurs compatriotes qui se sont peu à peu éloignés de l’esprit « true norwegian black metal » qui prévalait au début des 90’s, le combo fondé par Trondr Nefas et Enzifer n’a en rien changé son discours. Se posant en défenseurs de l’ « esprit originel » du black metal norvégien,
Urgehal a gardé en plus de son corpse paint une identité profondément enracinée dans le passé, et ce n’est pas leur sixième et dernier album en date,
Ikonoklast, qui remettra cette démarche en cause. Bien au contraire.
La pochette très sombre ainsi que l’annonce du line up donnent déjà le ton. Le guitariste Enzifer, qui se fait remarquer sur scène avec son look SM (il porte un masque fait de lanières en cuir et de pics) porte le titre de « Necrophiliaxe » tandis que le chanteur-guitariste Trondr Nefas est crédité en tant que « Demon Voice and Lead Guitar Fuck »...
Et la musique, alors ? Ce
Ikonoklast fait-il honneur à l’esprit «trve kvlt black metal » des origines ? Le moins qu’on puisse dire est que
Urgehal ne se contente pas de poser, mettre du maquillage macabre et se donner un air evil. Cet album est un véritable hymne à la misanthropie et au chaos, l’âme défunte d’Euronymous plane comme jamais sur
Stesolid Self-Destruction To Damnation et son riff « Mayhemesque », véritable déluge de blasts porté par une voix crasseuse et pleine de haine. Les autres compositions sont dans ce même esprit, avec cependant des tempos plus variés qui renforcent l’aspect glauque et donnent parfois un côté très thrash (
The Necessity Of Total Genocide), voire rock’n’roll (
Kniven Rider Dypt I Natt) aux compos des Norvégiens, à la manière d’un
Darkthrone par exemple, pour ne (re)citer qu’eux. Cet album navigue également entre titres particulièrement violents et rapides (
Holocaust In Utopia) et titres plus « posés », en mid-tempos et donnant plus de place à l’ambiance, avec en tête
Sopor Necrosanctus et son surprenant épilogue au piano qui évoque assez
Shining.
La production en revanche, a évolué depuis les années 90, et
Urgehal n’a pas cherché superficiellement à avoir l’air plus « trve » en collant à des standards dépassés. Le tout est donc très écoutable, net et (relativement) propre, tout en restant suffisamment froid, brut et sans fioriture pour ne pas décevoir l’amateur de black metal old school. Le son de la batterie est parfois malheureusement un peu « léger », noyé sous des guitares particulièrement graves et une basse bien présente (et oui, on entend la basse !). Quant à la voix, elle donne l’impression d’être lointaine et à contre-temps, comme détachée de l’ensemble des instruments, mais l'effet paraît délibéré.
Urgehal signe donc avec
Ikonoklast un hommage convaincant et réussi au black metal norvégien des origines. Certes, Trondr Nefas et ses acolytes n'inventent pas grand chose et proposent une musique aux airs de déjà entendu. Leur dévotion musicale et presque religieuse a cependant quelque chose de fascinant, et la critique du manque d'innovation est à relativiser puisque ce n'est absolument pas le but visé par le groupe.